SCÈNE III
JULIE.X, très pâle; ADRIENiNE, TAMPON" ET.
T A 31 PO X ET, entr'ouvrant la porte.
Il est parti.
ADRIENNE
Julien !
JULIEN, sortant.
Moi, ma tante, en personne.
ADRIE.NNE.
Vous avez entendu ?...
TA.MPONET.
Tout entendu, mignonne !
J'attends de ta bonté deux cent mille pardons. Et je me sens en train de chanter des fredons !
ADRIENNE
C'est assez.
A Julien.
Vous avez entendu que Stéphane Aime?...
JULIEN
Oui.
TAMPON ET, à part.
Pauvre garçon ! Et moi qui me pavane !
ADRIENNE
Mais s'il n'est pas aimé, que vous importe ?
JULIEN
Il l'est; Nous avons entendu l'entretien au complet.
ADRIENNE
Ce calme est effrayant alors.
Pourquoi, ma tante?
TAMPON ET
N'oubliez pas, mon cher, si quelque état vous teiite^ Qu'un silence prudent est le seul appareil, Que supporte l'honneur en accident pareil.
JULIEN
Mais ce n'est pas le cas d'appliquer la sentence. Cher oncle, et mon honneur n'est pas atteint, je pense. Ma femme a moins d'amour encor que de vertu : Je l'estime d'autant qu'elle a bien combattu. Et la tiens en mon cœur pour une brave femme. Digne de mon respect et non pas de mon blâme. Quiconque en parlerait autrement a menti.
TAMPONET.
A la bonne, heure !
A part.
Il prend galamment son parti.
JULIEN, avec ciToit.
Quant à monsieur Stéphane...
ÂCTL (JUATI'.IÈME. 301
TxV.MPONKT.
Oui, paiions-en
JULIEN
En somme.
Il a fait Icà-dedans son métier de jeune homme. Mais j'étais^son ami !... Cependant je lui crois, Malgré sa trahison, le cœur el l'esprit droits.
TAMPON ET
Lui ? c'est, tranchons le mot, une franche canaille. Il faut le renvoyer.
JULIEN
Kon. Il faut qu'il s'en aille.
Il est très étourdi, mais n'est pas vicieux. Je lui rendrai ses torts à lui-même odieux. Et je l'accablerai d'une amitié si vraie Que de sa trahison il faudra qu'il s'effraie.
TAMPON ET
Ce moyen est chanceux.
JULIEN
Non, non, il ne l'est pas.
A moins de s'avouer le dernier des pieds plats. On n'ose pas tromper l'homme qui se confie.
TAMPON ET
Mais enfin, s'il l'osait ?
JULIEN
Alors je l'en défie, Car Gabrielle, ouvrant les yeux avec dégoût, Remettrait dans son cœur mon image debout.
ADRIENNE
Lorsque la passion est réellement forte,
Il n'est digue ni mur que son courant n'emporte.
La leur n'est, grcâce au ciel, encore qu'un ruisseau Qui va se diviser à l'entour d'un roseau. Seulement n'allez pas leur dire, je vous prie; Que je suis averti de leur étourderie : Cela gâterait tout.
ADRIENNE
Je m'en garderais bien.
TAMPONET.
Moi de même.
JULIEN
Il me faut un moment d'entretien Avec ma femme, ici. Seriez-vous assez bonne Pour me l'envoyer?
ADRIENNE
Certe !
TAMPONET.
Attends-moi donc, mignonne.
JULIEN
Mon oncle veut avoir son tête-à-tête aussi... Mais le sien est plus gai que le mien.
TAMPONET, à part.
Dieu merci !
A sa femme, dans le fniid du théâtre.
Étrange insouciance en cette catastrophe !