‹ Théâtre completChapitre 208 sur 287 · ACTE QUATIUÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATIUÈME

JULIEN

Oui, je ne sais pourquoi, Son cœur de jour en jour se retire de moi.

STÉPHANE

Soupçonnez-vous qu'un autre?...

JULIEN

Un autre ? — Gabrielle Ne trompera jamais ma confiance en elle. Mais n'est-ce point assez de perdre son amour?

STÉPHANE

Vous l'aimez donc... beaucoup?

JULIEN

Autant qu'au premier jour ; Plus même. — Elle n'est plus seulement mon délice, Elle est le fondement de tout mon édifice. Son amour me manquant, tout me manque à la fois. Jugez donc ce que vaut ma gaîté quand je vois Sa froideur sous mes yeux incessamment accrue! — Je suis le laboureur assis sur sa charrue, Qui d'un air hébété fredonne une chanson, En regardant le feu dévorer sa moisson.

STÉPHANE

Vous vous exagérez sans doute...

A part.

Que lui dire?

JULIEN

Je n'exagère rien, non ; son cœur se retire. Si je savais pourquoi, je pourrais y pourvoir... Et par vous, mon ami, j'espère le savoir.

STÉPHANE

Par moi, Monsieur !

JULIEN

Ma femme a pour vous de l'estime.

Essayez de gagner sa confidence intime.

Elle est fière, et, si j'ai des torts, comme je croi, Elle s'en ouvrira plutôt à vous qu'à moi.

STÉPHANE

Vous me donnez, Monsieur, un délicat office.

JULIEN

Au nom de l'amitié rendez-moi ce service. En un mot, je remets ma vie en votre main. Adieu.

A part.

Je puis dormir en paix jusqu'à demain.

Il sort.

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