ACTE ClNnUIf'ME
GABRIKLLE.
Je ne sais.
ADRIENNE
Ai-je donc perdu ta confiance, Ou bien n'oses-tu plus m'ouvrir la conscience? J'en ai bien peur.
Jamais je ne t'ai rien caché.
ADRIEN NE
Quand Stéphane tantôt de toi s'est rapproché. Vous avez échangé quelques mots à voix basse.
Ah ! oui, je m'en souviens... j'ai dit que j'étais lasse.
ADRIENNE
Pas autre chose ?
Non.
ADRIENNE
Voudrais-tu l'attester Par serment?
Quel motif as-tu pour en douter?
ADRIENNE
Stéphane tout à coup a changé de langage Et s'est déclaré net contre le mariage, Pourquoi?
Mais... je ne sais... Tiens, je mens lâchement!
Tout mon cœur se soulève en cet abaissement! J'appartiens à Stéphane.
ADRIENNE
Oh!
Du moins de parole.
ADRIENNE
S'il est temps encor...
Non, pas un mot, je suis folle.
J'ai la fièvre. Tais-toi ; le sort en est jeté : Je suis perdue enfin, voilà la vérité.
ADRIENNE
Si tu souffres avant la faute consommée, Pauvre enfant, que sera-ce après ?
Je suis aimée!
ADRIENNE
Tu crois l'être du moins. Elle le crut aussi, Celle dont ce matin je te parlais ici. Elle se consolait avec cette pensée Des hontes dont sans cesse elle était oppressée; Car, vois-tu, le mensonge est un âpre tyran Qui ne relâche plus ceux qu'une fois il prend. Et le ciel juste a fait de ses ignominies Le secret châtiment des fautes impunies !
Je le sais déjà.
ACTt; CINQUIÈME. 379
ADRIENXE.
Non ; car si tu le savais, Tu n'irais pas plus loin dans ce chemin mauvais. C'est un mensonge aisé celui dont l'assurance Défend contre le monde une clière espérance : Mais qu'il est douloureux et demande d'efforts Celui qui n'a plus rien à cacher qu'un remords! Va, tu le connaîtras un jour le dur supplice De tromper ton mari, maudissant ton complice ; Et ce sera le jour où tu t'apercevras Que de sa passion le malheureux est las.
L'amant de ton amie était un misérable. Voilà tout.
ADRIENNE
Non ; c'était un jeune homme honorable, Et ses premiers serments furent de bonne foi; Mais il ne m'aimait plus.
C'était toi?— C'était toi!
ADRIE>>"E.
Hélas!
Ne rougis pas, ô ma chère Adrienne !
C'est un lien de plus; ma faute aime la tienne 1 .l'aurai donc une amie à qui me confier. Qui saura me comprendre et me justifier!
ADRIENXE.
Je ne chercherai pas de vaine échappatoire ; Puisqu'un mot m'a trahie, écoute mon histoire, Et puissent mes douleurs au moins te protéger!
Je ne veux les savoir que pour les partager,
AD RI EN NE
C'est l'histoire toujours vieille et toujours nouvelle !
Je fus heureuse un an... puisque cela s'appelle
Du bonheur. — Il m'aimait; il le croyait, du moins,
Et ses serments prenaient les anges à témoins.
Puis l'habitude vint. Sa tendresse assouvie
Ne suffit bientôt plus à l'ardeur de sa vie...
Quand une passion vient à se consulter,
Tout s'accorde aussitôt à la précipiter;
Tout déplaît à l'amant refroidi; tout l'irrite,
Surtout ce dont jadis il nous lit un mérite.
S'il cherche à quereller, notre douceur parait
Comme une résistance à son désir secret;
Notre adresse, autrefois pleine de poésie,
A parer aux soupçons, devient hypocrisie;
Il finit, entends-tu, par plaindre notre époux.
Et prendre, au fond du cœur, son parti contre nous,
Tant ce mari trompé lui parait honnête homme
Depuis qu'il n'a plus rien à lui voler, en somme.
Mais c'est une infamie !
Hélas! non. C'est le cours Des choses de la vie et le train des amours. Mais ce que j'ai souffert, je ne saurais le dire.
Je le comprends assez.
ADRIENNE
Un seul mot peut suffire.
ACTt; CINQUIEME. 081
Je l'aimais, et parfois je désiiais sa mort.
GADRI ELLE.
Et lu n'as pas rompu ?
ADRIENiXE.
Ce fut mon plus grand tort.
Mais un reste d'espoir m'en ôtail le courage; Et lui de son côté subissait l'esclavage Par un dernier égard semblable au repentir, N'osant m'abandonner et désirant partir.
La liaison ainsi, pendant toute une année. Dans les décbirements s'est encore traînée, Et Dieu sait jusqu'à quand tous deux aurions souffert Si mon mari n'avait un jour tout découvert. Le croiras-tu? j'étais si brisée et si lasse, Que ce dernier malbeur me parut une grâce.
Pauvre âme, ton récit m'a donné le frisson.
AD RI EN NE
Que mon exemple, alors, te serve de leçon ; Car le même malheur sur ton avenir plane.
Ah! ne compare pas ton amant â Stéphane! Stéphane est simple et bon : il m'aime noblement Et m'a déjà prouvé son entier dévoûment. Ya, je réponds de lui sans être bien savante, Et ton récit pour moi n'a pas d'autre épouvante Que celle du mensonge où j'allais m'enchainer El dont il est à temps venu me détourner. Merci, tu m'as sauvée.
ADRIENNE
0 Dieu clément!