SCENE IV GABRIELLE, STÉPHANE
STÉPHANE
Enfin nous voilà seuls, et ce n'est pas sans peine ! Je me sentais monter des mouvements de haine Contre ces importuns.
GABRIELLE, à elle-même.
Oui, c'est le seul parti.
A Stéphane.
Pour la première fois de mes jours j'ai menti, Stéphane. J'ai menti tout à l'heure à matante; A mon mari demain il faudra que je mente, Et, s'il n'éclate pas, notre amour criminel Condamnera ma vie au mensonge éternel.
Mais ma fierté ne peut s'arranger d'un tel hôte, Et je ne joindrai pas la bassesse à la faute.
3c)i GABRIELLE.
Aussi bien je vous dois et dois à mon époux De n'être plus à lui lorsque je suis à vous.
STÉPHANE
Étrange sympathie ! étrange et que j'admire !
Ce que vous dites là, je venais vous le dire.
Notre amour dégradé ramperait sous ce toit,
Et nous voulons tous deux qu'il marche fier et droit.
Nous fuirons, n'est-ce pas?
Oui. Quand?
STÉPHANE
Cette nuit même.
On ne diffère pas une mesure extrême.
La réprobation du monde nous attend, Songez-y.
Qu'elle vienne, et je sei\T,i content!
Que ce monde irascible, et devant qui tout tremble, Par son courroux nous lie à tout jamais ensemble ; Je bénirai l'arrêt qui nous met hors la loi. Et ne vous laisse plus d'autre soutien que moi ; Car si jamais deux cœurs furent faits l'un pour l'autre, N'est-ce donc pas le mien, Gabrielle, et le vôtre ?
Hélas !
STÉPHANE
Vous soupirez, chère femme, et vos yeux Se baissent pour cacher des pleurs silencieux.