MARCEL DE BRAYER
Si qua fata aspera rumpas.
PERSONNAGES
Acteurs qui ont créé les rôles.
ARIOBARZANE (Chalcidias) MM. Geffroy.
PSAUMIS Samson.
BOMILCAR GOT
LAIS M"o Nathalie.
TIMAS, esclave de Laïs (rôle muet). . .
La scène est à Gorinthe, chez Laïs.
Le théTitre représente uno chambre antique richement orne'e ; pavé de mosaïque ; tentures aux murs, vases d'argent, trépieds dorés ; une statue de l'Aniiiur, au fond, à droite du spectateur. — Sur le devant, du même enté, un lit de repos. — Sur le devant, » gauche, une table ronde; du même côté, au premier plan, un cabinet fermé par une portière; au deuxième plan, la chambre de Lais. — Au fond, vers la droile, la porte du dehors, par laquelle on aperçoit l'atrium plein de fleurs.
SGEiXE PREMIÈRE
TIMAS, rangeant la table; PSAUMIS, BOMILCAR,
entrant par le fond.
PSAUMIS.
Va-t'en dire à Laïs que je suis là, petite, Avec un étranger que j'amène en visite.
Timas sort.
BOMILCAR
Mon teint cuivré paraît étonner ce minois. N'a-t-elle donc jamais vu de Carthaginois?
PSAUMIS.
Elle a dû voir de tout. — Regardez, je vous prie, Ces vases, ces trépieds, cette uuirqueterie. Et, dans ce coin, l'Amour en marbre de Paros, Chel-d'œuvre sous les doigts de Phidias éclos, Hein ? comme tout cela vous porte un air de fête !
Vous en avez donné votre part?
Pas si bête !
Je ne fais des cadeaux que du genre anodui : Par exemple, au printemps, des fleurs de mon jardin; De ses fruits en été, du gibier en automne. En hiver rien du toul, voilà ce que je donne.
BOMILCAR
Que n'ai-je pratiqué ces principes prudents !
PSAUMIS.
Les femmes ont mangé vos biens?
BOMILCAR
A belles dents.
PSAUMIS.
Mais vous verrez Lais : elle est d'un autre étage Que toutes vos beautés voraces de Carlhage.
BOMILCAR
Vous la serrez de près, je pense?
PSAUMIS.
Quelque peu, Et je ne la crois pas insensible à mon feu.
SCÈiNE PREMIÈRE. 403
Son galant part ce soir, et, sans fausse grimace, Je ne suis (ju un grand sot si je ne le remplace.
COJIILCAR.
Et quel est ce seigneur?
Un barbare... Pardon, Seigneur carthaginois... l'habitude !
BOMILCAR
Allez donc.
PSAUMIS.
C'est un riche seigneur de Perse, Ariobarzane, Qui tient depuis huit jours la belle courtisane.
BOMILCAR
Fâcheux prédécesseur pour la comparaison Qu'un Perse! ces gens-là jettent l'or à foison.
PSAUMIS.
Je compte justement, mon cher, sur ce bon Perse Pour me mettre en état, par un coup de commerce, De faire avec Laïs le prodigue à mon tour, Sans qu'il m'en coûte rien qu'un tout petit détour.
BOMILCAR
Contez-moi donc la chose.
PSAUMIS.
Oh ! c'est toute une histoire.
Mais vous êtes discret ?
Je n'ai pas de mémoire.
PSAUMIS.
Eh bien donc, ma femme est... J'ai lieu d'être confus, Seigneur, après quinze ans de mariage et plus : C'est un accroissement de famille inutile, Et j'aurais bien mieux fait de me tenir tranquille.
BOMILCAR
Petit écervelé !
PSAUMIS
C'est vrai. Que voulez-vous?
J'avais prêté le flanc à des soupçons jaloux : Il m'a fallu calmer une afl'reuse bourrasque. Bref, ma femme pour l'heure a droit d'être fantasque. — Elle entendit, voici dix jours, je ne sais où, Je ne sais quel joueur de flûte à triple trou; Elle le désira comme esclave. Le rustre Sut qu'on le marchandait pour une femme illustre (Bien que mon intendant dissimulât mon nom), Car il lui demanda deux talents, sinon non. Je sermonnai ma femme : elle en était coilTée. Des pleurs, des cris ! Enfln, j'achetai son Orphée. Mais, par une exigence étonnante, cet ours Ne voulut se livrer qu'au terme de huit jours, Jurant le Styx, — serment bien digne de créance ! Qu'il se présenterait vivant à l'échéance. Voilà ma femme au ciel. Mais, ô sexe insensé ! Le lendemain matin, l'envie avait passé. La femme est, je l'avoue, un étrange grimoire !... Où voulais-jeen venir?
BOMILCAR
Permettez : votre histoire Peut, au train qu'elle prend, durer jusqu'à demain. Je vais vous l'achever, moi, dans un tour de main. Vous avez un esclave à revendre ; le Perse