‹ Théâtre completChapitre 230 sur 287 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

ARIOBARZ.VNE.

D'une assez bonne source, L'ami ! Car ton argent est tombé dans ma bourse : Cet esclave, c'est moi.

PS AU MI s.

Vous?

A RIOBAHZAXE.

Moi.

BOMILCAR

C'est saugrenu.

LAIS, à Psaumis.

Si c'était lui, Seigneur, vous l'auriez reconnu.

PSAUMIS.

Eh ! c'est mon intendant qui m'acheta le traître ! Je ne l'ai jamais vu.

ARIOBARZANE.

Regarde-moi, mon maître.

Moment de silence. — Laïs et Bomilcar éclatent de rire. PSAUMIS, à pari.

Je suis vexé.

BOMILCAR, à Psaumis.

Voilà tous vos plans renversés !

LAIS, à Ariobarzane.

Il comptait, grâce à vous, couvrir ses déboursés!

PSAUMIS.

Oui, riez! — Le vaurien plus que moi vous attrape.

LAiS.

Tiens! c'est vrai. — Qu'éliez-vous avant d'être satrape?

ARIOBARZANE.

Que vous importe encor, puisque j'ai pris congé ?

LAIS

Eh! mais... je veux savoir jusqu'où j'ai dérogé.

ARIOBARZANE.

Je suis Chalcidias, pâtre de Thessalie.

11 va s'asseoir sur le lit de repos.

LAIS

Un pâtre? soit! L'état n'a rien qui m'humilie.

PSAUMIS, li Clialcidias.

Un esclave devant son maître ose s'asseoir? Debout !

CHALCIDIAS, s'allongeant sur le lit de repos.

Ma liberté n'expire que ce soir.

Par Jupiter ! l'aplomb du coquin m'émerveille !

CHALCIDIAS, nonchalamment.

Seigneur, qui m'appelez coquin, je vous conseille De ne pas oublier que je suis votre égal Jusqu'à ce soir, — sinon les choses iront mal.

LAIS, s'approcliant de Clialcidias.

Puisque vous êtes fier, pourquoi cette folie De vous vendre ?

SC£Ni: TROISIËME. 41^

ClIAI.CIliI.VS.

PourqiKii ? — Je vous trouvais jolie.

LAiS.

On ne m'a jamais (ail de compliment si doux.

PSAUMIS, à Luïs.

Vous causez avec lui ?

LAIS, h Psaurais.

De quoi vous mèlez-vous?

BOMILCAP., a paît.

Tiens, tiens!

LAIS, à Chalcidias.

C'est le désir de m'ètre quelque chose Qui vous a fait vous vendre... et pas une autre cause?

CHALCIDIAS.

Oui, vous m'aviez tourné la tète. Je croyais (Ne vous moquez pas trop de l'erreur d'un niais), .le croyais que le sort le plus dii^ne d'envie Etait de vous avoir, l'ùt-ce au prix de ma vie.

LAÏS

Si j'avais deviné ce coup extravagant !...

CHALCIDIAS.

Vous m'auriez mis dehors comme un vil intrigant, Et vous auriez bien fait.

PSAUMIS.

Bon ! il se rend justice.

CHALCIDIAS.

Je ne vous parle pas, petit dieu d'avarice.

410 LE JOUEUIl DE ILUTE.

LAIS, à Chalcidias.

l'ourlant...

CHALCIDIAS.

Ne faisons pas d'élégie après coup.

Je ne regrette rien, ma belle, rien du tout. J'ai satisfait pendant huit jours, — huit jours de fête ! Les curiosités qui bouillaient dans ma tête; J'ai goûté les plaisirs que j'enviais d'en bas. Tout ce qu'il me troublait de ne connaître pas; J'ai moi-même exercé le luxe et l'insolence, Connu l'oisiveté, mieux encor : l'indolence ! Pratiqué les festins dans l'or et le cristal, Le sommeil sur des lits d'ivoire oriental, Et l'amour aux genoux d'une telle maîtresse Qu'on n'en trouverait pas une seconde en Grèce. Pour comble, trois vauriens, arrivant de Paphos, M'ont joué de la flûte au nez et joué faux... Mais n'importe ! il est doux de voir souffler les autres. Tous ces plaisirs, Seigneurs, ne sont-ils pas les vôtres? Eli bien, par Jupiter ! riches qui m'écoutez. Je m'en vais pardonnant à vos prospérités ! Riche ou pauvre, pour moi c'est une chose sûre Que le cœur de chaque homme est de même mesure : Qu'on l'emplisse à la mer, qu'on l'emplisse au ruisseau, Le vase ne tient pas plus d'une goutte d'eau; Et l'inégalité dont le pauvre se blesse N'est pas dans ce qu'on puise, elle est dans ce qu'on laisse — Croyez-vous que ce soit trop de ma liberté, Pour m'être convaincu de cette vérité ?

PSAUMIS.

Puisque la différence a si peu d'importance, Je ferai de moitié réduire ta pitance.

SCËNt TI'.OISIÈME. 417

BOMILCAll, bas, a l'saur.ii:.

Maltrailez-le, c'csl bien !

LAIS, à Psaiiniis.

C'est mal à vous, Seigneur.

CHALCIDIAS, à Lais.

Laissez ! Les deux talents lui donnent de Thunieur; Mais il découvrira sous peu quelque autre chose, Qui, J'ose l'espérer, en doublera la dose.

PSAUMIS,

C'est bon ! ton compte est fait, à toi.

LAIS, à Chalcidias.

Vous êtes fou D'agacer le bourreau quand il vous tient au cou.

CHALCIDIAS.

La corde cassera.

LAIS

Vous êtes économe, Psaumis,mais point méchant : vendez-moi ce jeune homme.

BOMILC AR, à part.

L'y voilà.

PSAUMIS, Lésitant.

Vous voulez ■?...

Il VOUS le donne.

BOMILCAR, vivement.

Psaumis n'est pas vénal ;

PSAUMIS.

Non!

A part.

Peste de l'animal !

Haut.

Je suis trop généreux, Laïs, pour vous le vendre ; Mais pour vous le donner, je tiens trop à le pendre.

LAÏS

Que dites-vous?...

Soyez tranciuille là-dessus.

Madame; il n'est p;is homme à pendre tant d'écus. — Mais je suis peu flatté, s'il faut que je le dise, D'être traité par vous comme une marchandise; Car, pour vous, qu'on me pende ou ne me pende pas, Je suis Ariobarzane et non Chalcidias.

LAIS

Je croyais vous servir.

CHALCIDIAS, sùchcment.

Soit! Vous êtes très bonne; Mais je ne veux subir la pitié de personne.

LAÏS

Puisque vous le prenez ainsi, tant pis pour vous !

Elle sort.

s CE. m: QUATIUKME. 419

Page 1