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SCÈNE SIXIÈME

SGÈAE VI

CIIALCIDIAS, assis; LAIS.

LAIS, après un silence.

Vous voulez donc mourir?

CHALCIDIAS.

Je crains la goutte, et veux d'avance m'en guérir.

Lui prenant la main, et regardant la bague qu'elle y porte.

— La belle algue-marine !

LAÏS

Oui; mais vous...

CHALCIDIAS.

La naïade Qui vous en fit présent, se nomme?...

LAÏS

Alcibiade.

CHALCIDIAS.

C'est un joli garçon.

Oui... Vous me détournez!

Votre fatal projet...

CHALCIDIAS, se levant.

Ah ! ail ! vous y tenez !

— Faut-il tant de façons pour tuer un esclave ?

D'ailleurs, la chose en soi ne me paraît pas grave, Et la mort, qui vous semble un état si fâcheux. Me plait assez à moi qui suis très paresseux.

LAiS.

Ne plus voir le printemps et le retour des roses !

CHALCIDIAS.

Je l'ai vu trente fois ! je veux voir d'autres choses, Et remarquez, Laïs, qu'en fait de nouveauté, K'être plus est la seule après avoir été.

LAÏS

Pourquoi ce vain effort à rire de la tombe ?

CHALCIDIAS, regardant répaulc de Lais.

L'admirable camée!... Oui... c'est une colombe. Est-ce encore un cadeau d'Alcibiade?

LAÏS

Non,

CHALCIDIAS.

De qui ?

De Mégaclès... Mais que vous fait son nom ? Parlons de vous.

CHALCIDIAS.

Eh bien, faisons mon épitaphe.

LAÏS

De grâce

CHALCIDIAS.

Aimez-vous mieux parler de cette agrafe ?

SCÈNK SIXIÈME. 427

C'est plus gai, j'pn conviens; elle n'a qu'un défaut, C'est (rattacher les plis de la robe trop haut. Vous vous montrez, Laïs, avec économie.

LAÏS

Vous ne voulez donc pas me traiter en amie?

CHALCIDIAS.

En amie, oui, mais point en donneur de leçon.

LAÏS

Croyez pour un instant que je suis un garçon.

CHALCIDIAS.

Ah! Laïs, comment foire?

LAÏS, baissant los yeuX.

Oubliez,

Peux-tu croire Que je manque à ce point de goût ou de mémoire ?

LAÏS

Eh bien, Chalcidias, par ce doux souvenir Qu'une femme jamais n'invoque sans rougir, Si vous m'avez aimée une heure, je vous prie...

CHALCIDIAS.

Restons-en, s'il vous plaît, sur la galanterie; Car, si, par un malheur, vous m'en faisiez sortir, Peut-être auriez-vous lieu de vous en repentir.

LAÏS

Et que me diriez-vous? Parlez, je veux l'entendre, Quoi que ce soit.

ClIALCIDIAS.

Ce n'est rien de bon ni de tendre.

LAis.

Encor...

CHALCIDIAS.

N'insistez pas; car je vous le dirais.

LAis.

C'est ce qu'il faut. Voyons, répondez !

CHALCIDIAS.

Je vous hais.

Moi ! pour quelle raison ?

CHALCIDIAS.

Ah ! tu me le demandes ?

Eh bien, soit; j'ai besoin aussi que tu l'entendes, J'ai besoin à la fin de répandre le fiel Amassé dans mon cœur comme l'orage au ciel. J'ai quitté mon pays, par haine d'être esclave, Trouvant qu'une racine est encore une entrave, Et las de ressembler au triste tournesol Dont la tête voyage et le pied tient au sol. Depuis, j'ai promené partout rna libre vie. Vagabond dédaigneux de tout ce qu'on envie, M'endormant quelquefois au milieu du chemin^ Sans souvenir d'hier, sans souci de demain ! Mais un jour, jour fatal où tu m'es apparue Triomphante au milieu de la foule accourue, Le serpent de l'envie en moi s'est éveillé ! Tout un monde invisible à mes yeux a brillé : Monde de voluptés, de pai'fums, de lumière, Dont l'éclat rayonnait autour de lu litière;

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