SCÈNE SI\[ÈMK
Monde resplendissant, aux jours d'été pareil,
Dont ta fière beauté me semblait le soleil !
Un amour furieux éclata dans mon âme.
« Être pendant huit jours l'amant de cette femme.
Me disais-je, et donner le reste de mes jours
Contre l'éternité de ces moments si courts ! »
— L'intendant de Psaumis survint : tu sais le reste.
Comprends-tu maintenant pourquoi je te déteste?
LAiS.
Vous ne regrettez rien, me disiez-vous tantôt.
C'est l'orgueil qui parlait, et tu l'as pris au mot.
Oui, je mourrais content du marché qui me tue,
Si je t'avais trouvée au lieu de ta statue ;
Mais ce bonheur suprême et si cher acheté,
Auprès de toi, Laïs, je ne l'ai pas goûté.
Je croyais m'approcher du soleil ; à sa place
Ce n'était qu'un brillant et froid morceau de glace,
Comme en un jour d'hiver, j'ai vu, je m'en souviens,
La neige étinceler aux monts Thessaliens.
0 spectre qu'il suffit d'approcher pour l'éteindre.
Cette cime escarpée où je croyais t'atteindre.
On ne la descend plus qu'en se précipitant;
Mais je te maudirai, du moins, en me jetant !
LAÏS
La douleur est injuste et je comprends la vôtre;
Mais lequel de nous deux. Seigneur, à trompé l'autre?
Pourquoi vous présenter comme un de ces vainqueurs
Qui, s'inquiétant peu si nous avons des cœurs.
D'une femme, par tous suivie et regardée,
Ne veulent que l'orgueil de l'avoir possédée?
On arrive, au milieu de ce monde arrogant,
A ne voir dans ces nœuds qu'un commerce élégant;
A choisir un amant, comme on en est choisie,
Pour ennui, par orgueil, au plus par fantaisie;
Car pourquoi faire place à ces rassasiés
Dans un cœur dont à peine ils se sont souciés?
Et si, par un hasard, l'amour nous monte aux lèvres,
Nous le coupons tout court, comme on coupe les fièvres.
— Mais si vous m'aviez dit: « 0 Laïs, aime-moi !
Voilà ce que j'ai fait pour venir jusqu'à toi !
Je n'attends de bonheur que de toi sur la terre;
Me donnant tout entier, je te veux tout entière... »
CHALCIDIAS, troublé.
N'en parlons plus, Laïs... c'est un malentendu.
LAÏS
Ah ! je t'accuse aussi de ton bonheur perdu... Perdu pour tous les deux ! Qui sait ce que ta flamme Eût versé de chaleur et de vie à mon àme? Qui sait par ton amour ce que j'aurais été?
CHALCIUIAS, amèrement.
Oui, j'ai frustré d'autant ta curiosité. C'est fâcheux! j'en conviens.
LAÏS
C'est fini sans ressource, N'est-ce pas? Nous avons laissé tarir la source? Je t'ai désenchanté de moi ?
CHALCIDIAS.
Complètement.
LAÏS, après un silence.
Il n'importe, Seigneur : vous fûtes mon amant; Que votre illusion vous soit on non ravie, Elle ne vous doit pas au moins coûter la vie.
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CHALCIDIAS.
Ou'en tendez-vous par là?
LAÏS
Calmez votre fierté!
Vous ne me devrez rien pour votre liberté. Je saurai décider Psaumis à vous la rendre.
CHALCIDIAS.
A son Carthaginois Psaumis vient de me vendre.
LAÏS
Soit ! le marché sera moins difficile encor. Je vous rachèterai...
CHALCIDIAS.
Madame !
LAÏS
Avec votre or, Seigneur.
Je ne reprends jamais ce que je donne; Et, si peu que je sois, je n'accorde à personne Le droit de me le dire et de m'humilier. Tachez dorénavant de ne plus l'oublier.
LAÏS
J'obéirai, Seigneur.
CHALCIDIAS.
Obéir? par Hercule !
La scène que j'ai faite est donc bien ridicule? Je m'emporte aisément; c'est un vilain travers. Mais peut-on se tuer sans avoir mal aux nerfs ? Me pardonnerez-vous ?
LAIS
Oui, Seigneur.
CHALCIDIAS.
Que de grâce!...
Donnez-moi cette main, Laïs que je l'embrasse. — Qu'elle est froide !
LAIS, à part.
Moins froide encor que son baiser !
CHALCIDIAS.
Adorable, d'ailleurs, et douce à caresser; Mais pourquoi la gàier par cette aigue-marine?
LAÏS
Je ne sais.
Ah! Laïs, je crois que je devine :
C'est quelque souvenir des serments égarés. Qui vous en fit présent?
LAÏS, arrachant sa bague de son doigt et la jetaut.
Personne.
CHALCIDIAS.
Vous pleurez?
A part.
Elle pleure