SCÈNE HllTIÈME
Et c'est le plus plaisant de ma tcutafion : Je ne l'ai racheté qu'à cette intention.
LAIS
Voulez-vous trois talents?
Non.
LAÏS
Quatre ?
BOMILCAR
Non, ma chère, L'instant n'est pas venu d'ouvrir encor l'enchère.
LAiS.
Pourquoi pas maintenant. Seigneur?
BOMILCAR
Parce qu'il laut Que vous ayez le temps d'apprendre ce qu'il vaut.
LAÏS
Quel est donc votre plan ?
BOMILCAR
Vous voulez le connaître ?
Eh bien, soit; Bomilcar ne prend personne en traître. D'ailleurs je suis si sûr de faire échec et mat, Que je peux vous livrer tout mon plan de combat. — Vous aimez ce garçon... convenez-en, Madame.
LAÏS
Je ne sais... je l'admire au moins du fond de l'âme.
BOMILCAR
Je m'accommode assez de son âpre vigueur.
C'est un sang libre et pur qui coule dans son cœur.
N'est-ce pas? c'est un rare et sublime courage, De préférer ainsi la mort à l'esclavage!
BOMILCAR
Et dire qu'il aura vécu demain matin !
LAÏS
Avec quelle superbe il traite le destin ! Avec quelle admirable et tranquille insolence Il met sa volonté dans la sombre balance ! Ne vous semhle-t-il pas, cet esclave indompté, Un roi captif, parmi son peuple révolté, Qui fait baisser les yeux à l'insulte et l'étonné, En redressant plus haut sa tête sans couronne?
BOMILCAR
Je ne vous savais pas le cœur déjà si pris :
Un roi captif! — Je crois qu'on peut parler du prix.
LAÏS
Oui, combien voulez-vous?
BOMILCAR
Avant de vous le dire, Madame, permettez qu'un instant je soupire, Et demande pardon de la nécessité Qui me fait durement rançonner la beauté. L'avarice ne fut jamais à mon usage :
Mes créanciers en sont le vivant témoignage. Ils sont l'excuse aussi de l'énorme rançon Que je dois exiger pour ce pauvre garçon. ,