SCÈNE NEUVIÈME. 4M
BOMILCAR, il paît.
Qu'est-ce donc qu'il lui prend?
Haut.
Vous raillez?
CHALCIDIAS.
Non, mon maître; Je suis moins courageux que je n'avais cru l'être, Et la mort me lait peur, voilà tout.
LAIS, à part.
Que dit-il ?
CHALCIDIAS.
Ma jactance n'était au fond qu'un jeu puéril ; Et je sens bien qu'il faut changer de contenance Et demander pardon de mon impertinence.
BOMILCAR
Quand on est de la sorte à la vie attaché,
On n'induit pas les gens en un mauvais marché.
CHALCIDIAS.
Vous avez au rabais, par cette volte-face, Un esclave de prix.
BOMILCAR
Que veux-tu que j'en fasse?
Je joûrai de la flûte à vos quatre repas.
BOMILCAR
Ah! je m'en moque bierx !
442 Lli JOUEUR DE FLUTE.
Je ne vous comprends pas.
Je ne peux pas pourtant, pour vous être agréable, Me mettre autour du cou la corde irréparable.
BOMILCAR, à part.
Me voilà ruiné pour la seconde fois !
LAÏS, allant à Chalcidias.
Est-ce vous que j'entends? Est-ce bien votre voix? Si fière tout à l'heure ! et maintenant si basse !
CHALCIDIAS.
Je voudrais bien vous voir un instant à ma place.
LAÏS
A votre place, moi, si j'avais votre bras, Pour secouer mes fers il ne tremblerait pas ! Et, comme un condamné poursuivi par la ville, Qui se jette en fuyant dans un temple d'asile. Pour échapper de même aux poursuites du sort, Comme un autel sauveur j'embrasserais la mort.
CHALCIDIAS.
Vous parlez fièrement.
Moins que toi tout à l'heure.
Se peut-il que tu sois si changé dans une heure? Non ! quelque dieu jaloux émousse ta vertu. 0 fier Chalcidias, quand t'éveilleras-tu? Que la voix d'une femme au fond de ton cœur vibre ! C'est mourir à moitié que ne plus être libre : Meurs tout à fait, avant qu'on ne t'ait rien ôté De ton intelligence et de la volonté ! Meurs, et rendant d'un coup ton corps à la poussière,