SCENE VIII
FÉLINE, seul.
Voilà pourtant, voilà comme des cœurs bien nés
Au mal, à leur insu, se trouvent entraînés!
Voilà comme chacun dupe sa conscience
Et la met au besoin de son intelligence,
L'un par l'extérieur regardant l'action,
Lorsque la honte en glt dans son intention.
L'autre des motifs seuls sachant se rendre compte,
Quand c'est dans les effets que réside la honte.
Mais le plus étomiant, c'est que jamais remords
Ne fait, à ces gens-là, reconnaître leurs torts.
Octave, par exemple, est un vaurien en somme,
Et je suis sûr, pourtant, qu'il se croit hoiniête homme.
Tant pis pour lui, ma foi ! qu'il prenne son parti;
Je m'en lave les mains! Je l'ai bien averti;
Je l'ai même tancé d'un ton un peu sévère,
Et, si j'ai là-dessus un reproche à me faire,
C'est d'avoir mal tenu ma résolution
D'abandonner Juliette à la séduction.
Je n'ai pu m'empècher de plaindre la victime
Et de dissuader Octave de son crime.
Et je crois que jamais je n'aurai la vigueur
De fermer mon oreille aux conseils de mon cœur.
C'est ma faiblesse : hélas ! nous avons tous la nôtre,
Et cet excès, en somme, est préférable à l'autre.
Un salon chez l'oncle Bridaine,