SCÈNE VI FÉLINE, OCTAVE, ROSE, JULIETTE
JULIETTE, se laissant aller sur un fauteuil.
Oh! mon Dieu! que d'outrage!
ROSE
Nous le ramènerons, mon enfant; du courage. D'ici là, vous aurez un asile chez nous.
Merci, mes seuls amis; votre intérêt m'est doux : Mais je n'attendrai pas que mon oncle s'apaise. Mon épreuve est trop rude, et le monde me pèse; Ma mère m'a laissé, je crois, un peu d'argent, Assez pour en payer ma dot dans un couvent...
FÉLINE
Mais ne m'avez-vous pas, d'ailleurs, chère Juliette?
JULIETTE
C'est là que je voudrais chercher une retraite.
FÉLINE, à Rose.
Elle a raison : c'est là qu'est la tranquillité.
JULIETTE, pensive.
J'aurai mes dix-sept ans à la fin de l'été.
ROSE
Allons-nous-en d'ici. Venez, l'heure s'avance.
Au moment où tout le monde fait mine de partir, Octave vient au milieu.
OCTAVE
Avant de me quitter, prenez votre vengeance, Juliette : je vous aime et vous me haïssez.
ROSE
N'a-t-elle pas sujet?
C'est juste, je le sais, Et Ton ne fléchit pas une haine si tière; Aussi vous n'entendrez ni plainte ni prière. J'ai voulu seulement vous dire à deux genoux, Juliette, que je suis plus malheureux que vous, Car c'est ma lâcheté qui nous perd l'un et l'autre. Et je porte à la fois ma douleur et la vôtre. Mais je suis moins coupahle encore que puni, De votre âme angélique à tout jamais banni. Et me sentant trop bien déchu de votre estime Pour que vous m'accordiez de réparer mon crime. Adieu donc, laissez-moi le remords qui m'est dii Et l'amer souvenir de votre amour perdu!
FÉLINE
La réparation que vous m'avez offerte, Faites-la-moi, Monsieur, en réparant sa perte. J'ai le droit d'exiger quelque chose de vous.
ROSE, bas à Féline.
C'est bien!
OCTAVE
Me voudrait-elle accepter pour époux?
Je serais trop heureux !
FÉLINE
Juliette, il vous adore!