NOTICE SUR GRÉVIN XVI
boise; après l'échec de celle-ci, c'est la toute-puissance des Guise. Et voici l'édit de Romorantin : les échaffauds se dressent, les bûchers s'allument, les protestants sont tenus partout en suspicion, Un libelle paraît, qui va avoir un grand retentissement : UEpistre envolée au Tigre de la France, ou, comme on dit plus communément, Le Tigre. C'est une violente invective contre le cardinal de Lorraine, « tigre enragé, vipère venimeuse, sépulcre d'abomination ». On pense bien que ce pamphlet était anonyme. On ne sut trop qui soupçonner : on parla d'une collaboration. On découvrit quelques exemplaires du Tigre chez un pauvre diable de libraire, pauperculus librarius, dit de Thou. On pendit le libraire. Il s'appelait Martin L'Homme. C'est lui qui avait édité les premiers opuscules de Grévin. Alors circula en manuscrit une paraphrase poétique du Tigre^... Coïncidence qui n'est peut-être pas inexplicable : Grévin, à la fin de cette année 1560, a quitté la France ; il s'est réfugié en Angleterre.
Pour bien des raisons qui n'étaient pas toutes des raisons de conscience, la reine Elisabeth était très favorable à la Réforme. On la soupçonne de n'avoir pas été étrangère aux évéaements d'Amboise. Elle accueillait avec bienveillance les religionnaires qui venaient chercher un abri dans son royaume. Elle accorda une audience à Grévin, qui la remercia par une pièce de vers intitulée Le Chant du Cigne :
Madame, encependant que la mutine noise Brusle d'un feu guerrier la noblesse françoise... Je me suis retiré au bort de la Tamise... Toutesfois je sentis vostre parolle humaine Alenter doulcement ma doulleur et ma peine Lors qu'il vous plust me voir...
I. Abbé F, Charbonnier, La Poésie française elles Guerres de Religion (i56o-i574)'< Paris, 19 19, p. 184.