‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 9 sur 117 · XV NOTICE SUR GRÉVIN · texte numérisé non relu

XV NOTICE SUR GRÉVIN

au temps des vacances. Clermont en Beau vais is comptait alors un grand nombre de protestants, à commencer par le gouverneur et bailli de la ville et du comté, Philippe de Warty. La mère de celui-ci, Madeleine de Suze, dame de Warty, avait fait partie de ces religionnaires de qualité qui, sortant d'une assemblée tenue dans une maison de la rue Saint-Jacques (4 septembre 1557) avaient été injuriées et maltraitées par la populace, arrêtées, enfermées au Châtelet, menacées du supplice. Dans son château de Warty (aujourd'hui Fitz -James) , à la porte de Clermont, elle recevait toute la noblesse protestante des environs. Elle fut la protectrice de Grévin. En lui offrant ses Regretz de Charles d'Austriche, il la remercie d^avoir pourvu aux frais de son instruction à Paris, et, dans le même volume, il dédie diverses poésies à son fils. Voilà pour Warty. A CJermont, Grévin est lié avec Jean Filleau, président de l'Élection, et avec un poète, Antoine de Talon : ce sont deux protestants. A Paris même, il ne fréquente pas que la très orthodoxe Brigade. Son ami intime, son « amy singulier », c'est Florent Chrestien, qui est un peu plus jeune que lui, qui est le fils d'un médecin réputé, qui est très érudit et excellent humaniste, et qui est (c'est le point qui nous intéresse pour le moment) un calviniste fougeux. Or, il faut tenir compte des événements contemporains. Aujourd'hui nous étudions les premières productions régulières de la Muse française comme des œuvres d'art et dans le calme que comporte l'étude des œuvres d'art. Mais pour bien les apprécier, quelquefois pour bien les comprendre, nous ne devons pas oublier 'au sein de quels orages elles ont pris naissance. En 1559, tandis que Grévin fait chanter par des bergers les douceurs de l'état de paix, ou instruit le procès d'Anne Dubourg. Au début de 1560, c'est le temps de la conjuration d'Am-

Page 1