XXIII NOTICE SUR GRÉVIN
prose .4 w Lecteur et, pour chaque pièce, un « Avant- Jeu » en vers affiche la même ambition chez l'auteur d'opposer le théâtre savant, inspiré des anciens, au théâtre populaire, au drame religieux, aux moralités, aux farces. Même prétention d'avoir montré le chemin « en un désert et pays inconnu. » Même légitimité relative et même fragilité au fond de la prétention, les comédies de Grévin tenant plus qu'il ne paraît le croire des farces si longtemps en vogue, et le progrès ayant consisté surtout à faire mieux que les devanciers et mieux que Jodelle. Car tout est là, et qu'il s'agisse de la tragédie ou de la comédie, nous pouvons décider en connaissance de cause, nous qui avons « entre les mains » l'œuvre imprimée et de Jodelle et de Grévin, et nous concluons que Jodelle a bien été le premier en date, Grévin le premier en mérite. Remarquons-le : Ronsard ne disait pas autre chose dans le Discours à Jacques Grévin qui paraissait en tête du Théâtre. Ecoutons cette grande voix :
Jodelle le premier d'une plainte hardie Françoisement chanta la grecque tragédie; Puis, en changeant de ton, chanta devant nos rois La jeune comédie en langage françois....
Grévin, ensuite, a éclipsé Jodelle et toute l'école de Ronsard : «
Et toy, Grévin, après, toy, mon Grévin, encor... A qui vingt et deux ans n'ont pas clos les années, Tu nous as toutesfois les Muses amenées, Et nous as surmontez, qui sommes jà grisons, Et qui pensions avoir Phébus en nos maisons.'
I. Ronsard, éd. citée, t. VI, p. 408. Cf. dans l'Epître au cardinal de lyorraiQe (1560) : Et Jodelle qui fait d'un ton gravement haut
Le premier résonner le françois eschaufaut.