‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 19 sur 117 · NOTICE SUR GRÉVIN XXVI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR GRÉVIN XXVI

Liébault, de Dijon, qui eut une carrière très brillante, fut un fervent adepte du spagirisme et de la « philosophie chimique », obtint par elle ou lui attribua des cures merveilleuses et mourut en 1596, « premier médecin de Madame, sœur du roi^. » Il a laissé un certain nombre d'ouvrages en divers genres. Le plus célèbre est une traduction française avec augmentations du Praedmm rusiicum de Charles Estienne. La Maison Rustique eut une très grande vogue : on la réimprimait encore à la fin du siècle suivant.

Digne fille d'un Estienne, Nicole était très instruite. « C'est, déclarait un contemporain, une dame bien accomplie tant en gaillardise d'esprit que grâce de bien dire, à ce que j'en ai vu, devisant une fois avec elle^. » Je connais d'elle un sonnet inédit, avec l'anagramme de son nom, Nicolle Estienne, J'estonne le CieP. Elle a publié des stances sur Les Misères de la Femme mariée, où se peuvent voir les peines et tourments qu'elle reçoit durant sa vie, qui sont, littérairement parlant et quoi qu'on pense de leur pessimisme, une chose charmante*.

Il existe à la Bibliothèque Nationale un portrait au crayon de « Madame Lyébault » par François Clouet^.

1. Documents pour servir à l'histoire des libraires de Paris, publiés par le baron Jérôme Pichon et Georges Vicaire, Paris, 1895, p. 180 II s'agit de cette mélancolique Catherine de Bourbon, qui épousa en 1599 Henri de lyorrainc, fils de Charles de lorraine et de Claude de France, la petite protectrice de Grévin.

2. Du VeidicT, Bibliothèque française, l,yon, 1580 v° Nicole Estienne.

3. Bihliothèquenationale, manuscrits, fotids français, n" 22562, 2* partie, p. 41.

4. Cette pièce a été réimprimée dans les Variétés littéraires de M. Edouard Fournier, t. III, pp. 321-331.

5 • Henri Bouchot, Les Portraits aux crayons des xvi^ et xvii« siècles cotiservés à la Bibliothèque nationale, Paris, 1884, pp. 45 et 204. — Les Clouet et Corneille de Lyon, Paris, 1892, pp. 26-28. Ce portrait est certainement des premièress années du mariage de Nicole, tous les portraits du reaieil cité étant antérieurs à 1570.

XXVit NOTICE SUR GRÉVIN

Avec cette deuxième partie de VOlimpe, le Théâtre contient la deuxième partie de la Gélodacrye (31 sonnets).

Ici, adieu l'idylle. Nous retrouvons un autre Grévin, et ce sera le Grévin définitif, celui qui nous livre le dernier état de sa pensée, le huguenot irrité qui, en des vers souvent obscurs à dessein, laisse échapper son courroux comme par éclairs. J'ai déjà parlé de cette œuvre de combat. Elle est inconnue. Le seul critique, à ma connaissance, qui en ait dit quelque chose ne lui a consacré que peu de lignes, tout à fait injustes à force d'être dédaigneuses. « A peine, dit M. Lenient, trouverait-on dans ce long poème, divisé en deux parties, quelques vers dignes d'être cités. «^ Ce poème, en réalité, n'est pas sans beautés, et de nobles accents y sont mis au service d'une âpre conviction. Comme document d'époque et spécimen de littérature militante, la Gélodacrye 2iSon intérêt; comme poésie, elle à son prix. Qu'on la lise, maintenant qu'on le peut faire, et qu'on dise si la publication de telles œuvres, arrachées à l'oubli, ne constitue pas un appel nécessaire de jugements trops hâtifs qui, hier encore, échappaient à peu près à tout contrôle.

Chose curieuse : ce petit volume du Théâtre nous représente en quelque sorte matériellement tout le changement qui s'est accompli dans les idées et qui va s'accomplir dans la vie de notre personnage. Au début, la longue

I. C, I<enient, La Satire en France, Paris, i8S6, t. I, p, 125

NOTICE SUR GRÉViN XXVIII

€t flatteuse épître de Ronsard, le Discours à Jacques Grévin, où le Maître atteste

Qu'en nostre France un seul Grévin assemble La docte médecine et les vers tout ensemble. ^

Cela, c'est le passé, et le dernier souvenir des aspirations communes et des heures d'amitié confiante. Mais à la fin du Théâtre, que voyons-nous? Vers grecs de Florent Chrestien sur la Gélodacrye, traduction par Florent Chrestien, soit en vers grecs, soit en vers latins, de sonnets ou petits poèmes de YOlimpe : voilà maintenant l'ami écouté, le nouveau Mentor. J'allais oublier une ode latine p^ar laquelle Mentor adjure Grévin de laisser là ses amours pour se dévouer à de plus grands sujets, au théâtre, et, sans doute aussi (il ne le dit pas, mais il l'espère) à la Cause religieuse. Il emprunte non seulement la langue, mais les expressions mêmes d'Horace :

Magna illa certè, non tamen haec satts Superque magna; desine mollium Tandem, Grevine, quaeso, amorum et Parva modis tenuare magnis.'i

Un jour, Victor Hugo tiendra le même langage : « Trêve à toutes ces vaines choses... Il est temps d'avoir d'autreâ fièvres... »^ Si le poète est dans son rôle en prêchant le mépris du rêve, ce serait une question; mais Florent Chrestien était plus homme de parti que poète. Et Grévin suivra ce directeur de conscience. Deux passions vont •maintenant se partager sa vie, la politique et la médecine, La seconde aura le pas tout d'abord, parce qu'il a voulu

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