‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 62 sur 117 · SCÈNE VI. — RICHARD, CONSTANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — RICHARD, CONSTANTE

[qui a vu le Protenotaire entrer dans la maison du Trésorier],

Par le corps, j'en veux advertir Mon maistre, il le sçaura : comment !

Est-ce là donc le beau serment De loyauté ? Je m'en doubtois, J'en suis certain à ceste fois :

Car de mes deux yeux je l'ay veu.

Constante

Et bien, Richard, avez-vous eu Vostre payment?

Richard Une moitié.

JACQUES GRÈVIN

Constante Mon don n'est il point oublié?

Richard

Voicy l'argent pour en avoir, Si vous voulez le recevoir.

Constante Pourquoy non?

Richard

Ouvrez vostre main.

Constante

Ha, Richard, ce seroit en vain, Je vous pry, ne me trompez plus.

Richard

Non, non, voylà cinquante escus Pour avoir une chaîne d'or, Me pensez-vous mocqueur?

Constante

Encor' Vous avez de moy souvenance; Voylà pour vostre récompense.

Richard

11 m'a commandé de sçavoir Quand il pourroit vous venir voir.

Constante Non pas pour aujourdhuy, demain.

Richard Touchez en donc dedans ma main.

93 LA TRÉSORJÈRE

Constante Je le veux, je me recommande.

Richard

Par le corps bien, ell' ne demande Que les escuz : car quant au reste, Eir ha son cas; mais je proteste D'en avoir bien tost la vengeance, Et du payment et de l'avance; Et des cinquante escuz encor'.

Des anneaux et des chaînes d'or Dont Monsieur liiy a faict présent ; Ell' n'ha rien trop chauld ne pesant.

Et voylà, la coustume est telle :

Car envers une damoiselle Il fault tous jours l'argent en main : Et puis on sçait bien que son gain Est semblable à l'oiselerie :

L'oiseleur en quelque prairie Vient espandre ses grains semez, Où les oiseaux accoustumez Ainsi se laissent amorcer :

(Car il fault un peu avancer Pour en avoir du grain après) Et lors qu'ils sont pris dans les retz Ils payent au long la despense, Dont l'oiseleur a faict l'avance.

Ainsi le bordeau, c'est le pré, Là ou l'amoureux est entré Comme un oiseau : la macquereJle Est l'oiseleur, qui renouvelle Souvent l'appas, et met en main Au lieu d'amorce, une putain :

Les caresses, les mignardises, Les bon- jours et les gaillardises,

[Elle sorL]

Le doux accueil, le deviser.

Sont les moyens d'aprivoiser.

Et en ces te façon, mon maistre Est aux rets : mais si je puis estre Escouté, il aura vengeance De toute ceste grand' despense.

Encore ce beau Trésorier, Et ce coqu, se fait prier, Où il est le plus diligent :

Et fait acroire que l'argent Qu'il m'a baillé n'est pas à luy.

Je luy ferai dire aujourdhuy Celuy qui a mangé le lard, Si je le puis tenir à part.

Page 1