‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 85 sur 117 · SCÈNE IV. — MARION, L'ADVOCAT, JULIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — MARION, L'ADVOCAT, JULIEN

Marion

J'ay si bien soulé mon galant Qu'il dort un somme maintenant. Qui nous donra loisir de faire Tant plus aisément nostre affaire.

L'Advocat Eh bien, Marion, nostre cas?

Marion

Et de par dieu, hastez le pas Vous deussiez estre revenu.

L'Advocat

Mais comment? Si j'estois cognu, Je serois, comme un ravisseur, Mis là dedans.

Marion

Il y faict seur.

Je vous asseure de ma part.

Qui plus est, le sire Gérard Est allé pour cet' heure en ville, Et si vous seriez entre mille.

Qui ne vous cognoistroient jamais.

L'Advocat

Tu dis bien vray, Marion, mais Magdelon est-ell^ contente?

Marion

Comment cela? c'est son attente.

Sus, sus, suivez moy

Julien

Cependant.

Que je seray cy attendant, Monsieur, je vous la recommande; Et dites-luy qu'elle me mande Comment ell' s'y sera portée.

LES ESBAHIS

L'Advocat

Et, toujours la teste évantée, Jamais tu ne seras plus sage.

Julien Sus, sus, Monsieur, prenez courage.

L'Advocat

Or çà, Marion, penses-tu

Combien un homme, estant vestu

De cest habit, est plus idoine

A faire un coup? L'habit d'un moine

Y a aussi grande ef&cace.

Soit en habillant une garce,

Pour ainsi plus secrettement

La faire entrer dans le couvant.

Marion

Holà ! motus, vous approchez De la maison. Monsieur, cachez Avec le pan de ceste cappe Vostre visage.

Julien

Eir luy eschappe, La patience.

Quand et quand Entrez aussi asseurement Que chez vous, et ne f aillez pas De tousjours suivre pas à pas.

Julien [seul].

Encor' n'est-il qu'invention Pour avoir assignation

Et mettre fin à ses amours.

Une femme sçait plus de tours De finesse et de tromperies Des amoureux et des amies Que mille hommes; il n'}^ a rien En cela qu'ell' n'entende bien.

Et, au contraire, pour vray dire, Il n'y a beste au monde pire Pour empescher un bon affaire Qu'elle, si elle veut deffaire.

Si en bonne fin ell' ne rend Tout ce que mal ell' entreprend, Ce luy est une maladie Et une misérable vie.

Mais qui veut à cela prévoir.

Il fault tascher de les avoir Par bon moyen, et les flater.

Par promesses les contanter.

Si vous n'avez présentement Pour fournir à l'appointement.

Elles font plus de la moitié, S'elles vous ont en amitié.

Et il n'y a point de danger, Pour bien mieux les encourager.

De les fourbir premièrement.

On dict toujours communéement ^ Qu'à la coustume de Paris, I II vous fault gaigner les maris '; Devant la femme : aussi faut-il.

Et eust-on l'esprit plus subtil.

En faire autant aux maquerelles. Qui en veult avoir des plus belles.

Car s'en est aujourdhuy l'usage.

LES ESBAHIS

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