SCÈNE I. — L'ADVOCAT, seul
Vive l'amour et l'amoureux, Qui pour un amour désireux Et pour tout le passé torment A receu le contentement !
Vive l'amoureux qui désire Mourir en un si doux martyre !
Rien ne me sont, ny les langueurs, Les passions, ny les malheurs, Ny tout' la langoureuse suyte Qu'ay enduré en ma poursuyte, Au prix de ceste jouissance.
J'aperçoy ma persévérance Ores estre récompensée.
Tout au rebours de ma pensée.
Tousjours une tremblante crainte Avoit accompagné ma plainte :
Mais depuis que ce brave espoir Vint espoinçonner mon vouloir.
Et que l'amour audacieux M'eust présenté devant les yeux La récompense de mes maux.
Il n'y avoit si durs assaux
Dont le désir de telle gloire
Ne me feit seur de la victoire;
Et maintenant, j'ay apperceu
Que mon espoir ne m'a déceu.
Car une dame pitoyable.
Voyant un pauvre misérable,
N'a point le cueur si rigoreux
Qu'eir n'ait pitié d'un amoureux.
Et voylà pourquoy tant que l'âme
Me batte au corps, pour une dame
Qui sera d'un fidèle cueur.
Je hazarderay mon honneur.
Mon corps, mes bien, voire ma vie.
Au fer d'une espée ennemie.
Tant qu'en mon cœur j'auray la force.