SCÈNE II. -- GÉRARD, L'ADVOCAT
GÉRARD
Tout beau, compère Sire Josse, Aprochez de moy hardiment.
Que craignez- vous donc?
L'Advocat
Mais comment?
Est-il possible que je taise Si longuement un si grand aise?
Où trouveray-je le cousin?
GÉRARD
Hau compère, dictes, voisin, N'est-ce pas assez babillé?
L'Advocat Encores estant habillé Comme je suis, je n'ose pas A grand peine faire deux pas,
LES ESBAHIS
Que je ne craigne la présence
De quelcun de ma cognoissance.
Il vault donc mieux que je m'en voise/'*
Afin d'éviter plus grand noise.
Chez Manon.
Hé! revenez.
L'Advocat
Ha, par dieu, vous ne m'y tenez :
Vous estes donc si près de moy?
A dieu, à dieu Gérard.
GÉRARD [// sorf].
Je croy Que le compère sire Josse De jour en autre se renforce.
Depuis l'heure tant seulement Que fismes cet apoinctement.
Devant il estoit tout pensif.
Tout endormy et tout rétif A la besongne, et aujourdhuy Il n'y en a plus que pour luy :
Dont, par ma foy, je me contente.
Je regardois par une fente Qui est à l'huys de ma chambrette, Où je l'ay veu sur la couchette Avec ma fille Madalêne; Mais je sçais bien qu'il prenoit peine D'une aussi gentille façon Que pourroit un jeune garçon Qui seroit en pareil affaire.
Vrayment il en pourra bien faire D'avantage cy en après, Veu qu'encore qu'il soit tout près Des nopces, il ne peult attendre Sans sur la fournée entreprendre.
JACQUES GKÉVJN 17G