‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 95 sur 117 · SCÈNE I. — PANTHALÉONÉ, JULIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — PANTHALÉONÉ, JULIEN

Panthaléonê

Sera donc ma playe immortelle,

Pour autant que ceste cruelle

Ne veult donner allégement

A ce qui cause mon torment?

Si de ma douleur et ma plainte

EU' n'est aucunement attainte,

Qu'elle aye à tout le moins le son

De ma plus piteuse chanson :

Ingiustissimo Amor, perché si raro

Corrispondenti fai nostri desiri?

Onde, perfido, avien che t'é si caro

Il discorde voler, che in due cor miri?

Ir non mi lasci al facil guado chiaro.

Et nel piti cieco e maggior fondo tiri;

Da chi disia il mio amor, tu mi richiami;

E chi m'ha in odio, vuoi ch'adori ed ami. ®o

Julien

N'ay je pas entendu passer Mon coïon qui, pour croaçer

Sa belle rime poltronisque

Fait icy du brave rufisque?

C'est luymesme, mais, s'il n'accorde

Un peu mieux sa jazarde chorde,

Jamais il ne viendra au but

Par le moyen de ce vieil lut.

Panthalêoné

Sus, sus, mignon ! qu'on amolisse,

Avec ton honeste service,

Et une plus qu'humble prière,

La cruauté de ceste fière.

Fai ch'a Rinaldo Angelica par bella,

Quando esso a lei brutto e spiacevol pare :

Quando le par ea bello e l'amava ella,

Egli odio lei, quanto si puô più odiare.

Ora s'afflgge indarno, e si flagella ;

Cosi renduto ben gli è pare à pare.

Ella l'ha in odio; e l'odio è di tal sorte,

Che più tosto che lui vorria la morte. *i

Julien

Jamais, jamais, la faincte voix N'eust pouvoir envers un François.

Il ne veult point tant de gambades Tant de chansons, ny tant d'aubades.

En payment : tout cela ne peult Le divertir de ce qu'il veult.

Panthalêoné

Ha cruelle! veux- tu toujours Desdaigner les fermes amours De ton serviteur plus fidelle?

Julien

Tu as beau la nommer cruelle.

Et bel estre son serviteur,

LES ES B A MIS

Si n'en seras-tu pas vainqueur, Messere Frecasso.

Panthaléonê Ha beste !

Julien

Avez-vous le martel en teste?

Signor mio, sus, une aubade !

Panthaléonê

Mais plustôt une bastonnade A ce faquin qui fait du brave.

Vous n'avez guères que la bave, Je le scay bien, je vous cognoy, Vous regardant quand je vous voy.

Panthaléonê

Ha ! Dieu, ce poltron paysant Veult-il faire icy du plaisant?

Est-ce raison que je m'en taise?

Julien

Prime de la caze Frenèse, Grand escuyer de sa maison, Quand il est seul.

Panthaléonê

Est-ce raison Que j'endure telle bravade, Moy qui pour une canonnade Jamais ne me suis estonné?

Julien Ha ! quel meurtrier !

Panthaléonê

J'ay donné Mille coups d'estoc et de taille Au plus espais d'une bataille, Et ce sot poltron parangonne Sa couardise à ma personne.

Julien

, "■ I Saçvez-vous bien que c'est, mastin,

^ 1 Fantosme du mont Aven tin,

Sépulchre à punaise, pendart, Demourant de tout le cagnart; Si vous ne me parlez plus doux, Je vous assommeray de coups.

Regardez, je suis Julien, Qui n'enten mot d'italien, Mais si vous grongnez autre fois, Je vous feray parler François, Encor' que soyez bougrino.

Panthaléonê

Non, non, messer Juliano;

Je pensoy que ce fust un autre :

Car, quant à moy, je suis tout vostre.

Et ne voudroy rien attenter

Qui fust pour vous mescontenter.

Julien

Ha Dieu, je vous cognoy trop bien; Si sçaurez vous tantost combien Me déplaist vostre sot langage.

199 ^ÉS ËSBAHi3

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