‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 96 sur 117 · SCÈNE IL - JOSSE, ANTHOINE, JULIEN, GÉRARD, PANTHALÉONÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE IL - JOSSE, ANTHOINE, JULIEN, GÉRARD, PANTHALÉONÉ

JosSE

Je veux monstrer que le courage Ne m'est en rien diminué.

Anthoine

Sire, quand vous Faurez tué, Où voulez-vous que je le mette?

Il me souvient de la défïaicte De Cérisoles ^^, quand je voy Ce bon harnoys qui est sur moy.

Anthoine

Vous appristes là les moyens De tuer les Italiens.

Julien C'est à mon coion qu'il en veiilt.

Anthoine

Par dieu, mon maistre plus n'en peult, \ Et si veult encore assommer. '

JossE

Anthoine, le va-ten sommer Qu'il aist à me rendre mes bagues.

Et s'il ne veult, cent coups de dagues. Cent coups d'estoc, cent coups de taille Après sa mort.

Anthoine

Sus, en bataille.

Sire, ce pendant que j'iray.

JOSSE

Ne te soucie, je feray Avecque ceste hallebarde \ Un escadron, une avantgarde Car j'ay veu que c'est de la guerre.

A voir venir ce gros tonnerre.

Je crain qu'il n'y ait de la pluye.

GÉRARD [qui vient d'entrer, apercevant Josse],

C'est doncques à bon, j'ay envie Si je vous puis un coup tenir.

Anthoine Ha, sire, le voicy venir.

JOSSE

Tien bon, Anthoine, ne fuy pas :

Je ne seray qa'à quatre pas

Plus arrière, pour soustenir

De peur qu'il ne face venir

Quelqu'un pour nous prendre d'assault.

GÉRARD

Je luy monstray bien, puisqu'il fault Venir là, que j'ay la puissance De luy faire une résistance Aussi gaillarde et aussi forte Que son assault,

JosSE [qui n'a pas vu Gérard.]

Sus, à la porte.

Entrons dedans, enfonçons l'huis !

201 LES ESBAHJS

GÉRARD

Vous sçaurez premier qui je suis.

Panthaléoné

Hé ! messieurs, messieurs patience !

Monstrez une plus grand' constance; Messer Gérard, monstrez-vous sage.

GÉRARD

Ha ! si je croyois mon courage.

Je te donrois bien à entendre Que tu ne doibs tant entreprendre.

JOSSE

Ha ! par dieu, je ne te crain pas.

GÉRARD

Tu n'oserois marcher un pas, Pourtant : quelque grand, que tu sois.

Tu aurois ta charge de bois.

JOSSE

Ha, grands vanteurs, petits faiseurs.

Julien

Sçavez-vous bien que c'est, messieurs?

Tout le trouble et tout le mefïaict,

C'est l'Italien qui l'a faict :

Car je l'ai veu sortir tantost

De chez vous, et, gaignant le hault.

Il s'est sauvé diligemment

Pour changer son habillement;

Et, de faict, il a mis sa force

Pour prendre votre fille à force.

Ce nonobstant, il ne l'a sceu;

Et qu'ainsi ne soit, je l'ai sceu

De luy-mesme : l'ay-je inventé?

Et maintenant, plus tormenté, Il ne fait plus que repasser, Seulement pour recommencer Son entreprise.

GÉRARD

Hélas compère.

Aidez à prendre ce faulsaire.

Ce meschant et ce ravisseur,

JOSSE

Voylà comment vous estes seur Que c' es toit moy.

Panthalêonê

Ha, regardez Ce que vous faites; attendez, Je ne sçay que c'est.

JOSSE

Coups de poings.

Julien

Non, non, j'ay des autres tesmoings; Je m'en vay les faire venir; Cependant il fault le tenir:

JOSSE

Ha meschant, ha traiste, ha infâme I Tu voulois suborner ma femme,

J'estois esbahy que souvent Il passoit par icy devant.

203 LES ESBAHIS

Panthaléoné Hélas ! Messieurs, il n'en est rien

JOSSE

Non, mon père, tenons-le bien :

J'y seray plustost tout le jour.

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