‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 100 sur 113 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Non, ce n'est pas tousjours que l'aveugle Fortune Nous fait mauvais visage; elle a bien quelque-fois Mis un pauvre berger dans le siège des Rois, Luy plus vil et abject de toute la commune.

Aussi n'est-ce tousjours qu'ell' se monstre opportune; Souvent elle vous garde un tret dans son carquois, Duquel de part-en-part elle fauce un harnois Et se monstre à l'instant fascheuse et importune.

C'est pourquoy, mon D'Aurat89, ayant chanté l'Amour, Je chante la discorde et la haine à son tour, Comme la passion et la fureur me meine.

Toute chose ha son temps, l'Amour et la rancœur; Toutesfois je n'ay peu eschanger mon malheur, Car, chantant le discord, je déplore ma peine-

Qu'est-ce de ceste vie? un public eschafault, Où celuy qui sçait mieux jouer son personnage, Selon ses passions eschangeant le visage, Est tousjours bien venu et rien ne luy défault.

Encor' qui se peult bien déguiser comme il fault, Prest à servir un Roy, représentant un page, Ou luy donner conseil s'il fault faire le sage, Celuy, de jour en jour, s'advancera plus hault.

Ainsi sou ventes fols l'on voit sur un théâtre Un conte, un duc, un roy à mille jeux s'esbatre, Et puis en un instant un savetier nouveau;

Et cil qui maintenant banni de sa province

N'estoit seur de soymesme, or' gouverner un Prince, Après avoir passé derrière le rideau 113.

Beaumais8*, que le Velours est asseuré menteur I Que c'est un fin renard sous sa belle apparance ! Sous ombre qu'il est doux il sent l'outrecuidance : Devant un artisan que c'est un grand vanteur !

Ce Velours fait bien plus qu'un Marrane enchanteur; L'enchanteur nous déçoit, c'est en nostre présence, Jugeant ce dont les yeux nous donnent asseurance : Mais ce Velours, Beaumais, est bien autre trompeur.

Il fait bien marier celuy qui n'ha trois mailles, Il fait qu'un plaidereau ne paye point de tailles, Et penser qu'un coquin soit riche de tout poinct.

Il desguise si bien cil qui son pain mandie, Que, luy voyant porter la face si hardie, luPs souvent nous croyons ce que ne voyons point.

Tu ne fais rien, Marchant Si, tu ne fais rien de dire Que d'autant que tu vis, d'autant s'en va la foy; Car, sur ce point, Marchant, chascun dit comme toy: Ton Grévin se complaint que tout le monde empire.

Tu n'en trouveras un qui sçache contredire,

Mais un chacun se trompe estimant trop de soy, Et dit qu'on feroit mieux en la place d'un Roy. Et si nous ne sçavons que c'est que d'un Empire,

Sçais-tu bien ce qu'il fault pour bien vivre aujourd'huy? Voyons un malheureux, ne faisons comme luy, Et jusques à l'autel ensuyvons nostre Prince;

Oyons tout, parlons peu, suyvons nostre pareil, Et surtout gardons-nous d'ouir mauvais conseil; Au demeurant vivons comme en nostre province.

C'est aujourd'huy vertu que sçavoir courtiser, C'est vice que hayr la malice de l'homme; C'est vertu que chérir cil qui son bien consomme, C'est vice, D'Espinay, 85 que le mal despriser;

C'est vertu que sçavoir très bien dévaliser, C'est vice de parler des Courtisans de Rome; C'est vertu de priser celuy qui mieux assomme, C'est vice que la foy et le Ciel adviser;

C'est vertu d'amasser contre toute injustice, Mais de faire raison, mon d'Espinay, c'est rice; C'est vice que n'avoir Tautruy avec le sien;

C'est vertu que le. bien des pauvres empescher, C'est vice que de voir un homme s'en fascher, Et le vice plus grand, c'est d'estre homme de rien.

Courir les champs pour un bon bénéfice

Avant la mort de l'Abbé possesseur,

Bien espier un rampart défenseur,

Suyvre les bons et reprendre le vice : Lequel des trois est le meilleur office?

Lequel des trois te semble estre plus seur?

Duquel des trois serois-tu pourchasseur ?

Respons, Talon 91, tu me feras service. Le postillon est au danger du col

Et l'espion au danger du licol,

Non sans espoir qu'un plus grand les contente. Tous deux subjects au misérable sort,

Tous deux pou vans eschapper de la mort,

Le tiers, Talon, n'en perdra que l'attente.

Je vay, je vien, je cours, et par tout je tracasse;

Je ne fay que jetter mes yeux vagues en l'air;

Je cry' à haulte voix, et ne fay que parler,

Et tout pour parvenir au but que je pourchasse. Je suis aussi certain que le veneur qui chasse,

Qu'un aveugle qui veut les couleurs contempler,

Qu'un muet s'efforçant de quelqu'un appeler;

J'ay les pieds et les yeux et la langue jà lasse. Si je marche, l'on dit que je suis furieux;

Quand je regarde un peu, que je suis curieux;

Et si j'ouvre les dents, soudain on les rebouche. On m'enferre, on me bande, on damne mon sçavoir :

Or pour délivrer, je dy qu'il lault avoir,

Ronsard, bon pied, bon œil, et sur tout bonne bouche.

;i9 POÉSIES CHOISIES

Adieu, Paris, adieu; adieu, faux adultère, Obstiné à vouloir ensuyvre ton plaisir, N'estant content d'avoir pour ton propre désir Causé mille combats et la mort de ton frère,

Le sac de ta Patrie et le sang de ton père,

Aimant mieux ce malheur que la vertu choisir : Adieu, puisque tu veux or' troubler ton loisir, Et encor' une fois aux Grecs te contrefaire.

J'aime mieux m' absenter que voir devant mes yeux Tomber dessus ton chef la tempeste des Cieux, Au double redoublant ton ancienne peine :

Car, sous ceste couleur de te vouloir vanger, Tu veux mener ta nef à un bord estranger. Et là ravir encor' une nouvelle Heleine.

Noyon108, le temps s'enfuit et nous sommes ici, Contemplans les secrets de la Philosophie; Cependant un Boufon nostre labeur desfie Comme subject au soing et mille maux aussi :

Nous avons (ce dit il) tousjours nouveau souci Et l'âme plus souvent de nostre corps ravie : Et si, à ce mestier, on ne gaigne sa vie, Mais bien du jour fatal le chemin accourci.

Respon, je te supply, à ce qu'il nous propose,

Car, quand est de ma part, je ne sçay autre chose, Sinon que nous aimons ceux de nostre mestier.

Car, alors que le monde estoit friant d'espices,

D'andouilles, de boudins, d'oignons et de saucisses, Chascun, pour, lors estoit devenu Chaircuitier.

Pascal11*, si je pouvois emprunter ta science, Ou que je fusse tant favorisé des Cieux Que sçavoir entonner quelque son gracieux Qui peust heureusement contenter nostre France,

Je suis tant animé, que j'aurois espérance

D'envoyer une histoire aux ans de nos nepveux, Monstrant, comme Juppin, ores maistre des dieux, Chassa jadis son Père hors de sa demeurance;

Je descriroy surtout comme il fut ravisseur, Et comme en mariage il print sa propre seur, Mille meschancetez dont la guerre est sortie.

Si je l'avoy descrit, je me tiendroy contant, Mais je redoute trop : baste, je feray tant, Que la France en pourra entendre une partie.

Un philosophe a dict la substance de l'âme

N'estre qu'une harmonie et l'autre un élément; L'autre, des petits corps conjoincts confuséement, Et l'autre plus subtil une espèce de flâme,

Et l'autre un mouvement qui nostre cueur enfiâme : Chascun s'y est rompu du tout l'entendement, Xc la considérants assez distinctement Comme elle est dissembalble en l'homme et en la femme.

Au tems du bon Saturne on dit qu'elle estoit d'or, Sous Jupiter d'argent, d'airain, de fer encor' : En la fin aujourd'huy (ainsi que tout empire)

Ce n'est plus que du plomb, qui se fond à tous coups : Encor' je crain, si Dieu ne prend pitié de nous, Que, laissant les métaux, elT ne devienne cire.

Pensez qu'il fait bon voir de nuict en une porte Un poltron courtisan le Pétrarque chanter, Puis devant les vilains ses faicts-d'armes vanter, Comme il a l'ennemi repoussé à main forte,

Luy qui ha son esprit esmeu de telle sorte, S'il oit de l'escarmouche un soldart raconter, Qu'on le peut voir au son des mots s'espouvanter, Et en tremblant jetter une voix demi-morte.

D'une salade il fait trois ou quatre repas, Puis en curant ses dents il s'en va pas à pas Sur le bort d'un ouvroir deviser de la France :

Il fait dans son cevreau mille et mille discours, Il bastit en un mois ce qu'il rompt en trois jours; Voylà le compagnon auquel on ha fiance.

Cependant, mon Beaumais84, que ce deuil je souspire, Tu vas à l'abandon, ensuyvant ton destin : Mais sur tout garde toy de ce mont Avantin, Car d'autant qu'on y est, d'autant on y empire.

Quand seras de retour, tu auras beau me dire (Si tu as curieux humé cest air latin) Qu'un homme bien appris ne devient plus mutin Avecque les soldars, je n'en feray que rire.

Et d'aussi loing, Beaumais, que tu viendras vers moy Pour joyeux m' embrasser, je m'enfuiray de toy, Car on dit qu'en Itale un François se desguise:

Aussi tu pourrois bien, en feignant deviser, Ainsi comme un Prothé me faire desguiser, Tant un Italien finement poltronise.

JACQUES GRÉVl.X yzz

Jamais je ne vcis homme estre plus amoureux, Ne qui fust plus esmeu en voyant une femme : Il ne craint pas tant Dieu qu'il redoute sa dame; En la craignant, Charton 115, il s'estime estre heureux.

Il est pasle et desfaict ainsi qu'un malheureux Qui n'ha plus que les os environnant son âme. Il ne fait que parler de l'ardeur de sa flâme, Tant il est en aimant et fol et langoureux.

Et encore l'on veult que je l'honore et prise, Ainsi qu'il appartient à ceux qu'on authorise : Je sçay bien quel honneur on leur doit faire : mais

Une chose il y a qui du tout m'en retire, J'ay de mes anciens souvent entendu dire, Qu'amour et majesté ne conviennent jamais.

Quiconque veult sçavoir le plaisir et bon-heur Que jeune l'on reçoit en la chasse amoureuse Qui voudra voir combien elle est malicieuse, Et combien en aimant on reçoit de malheur,

Qui voudra esprouver combien peult la grandeur Et le bras redouté de richesse ocieuse, Ou combien l'avarice estant pernicieuse Trompe les convoiteux par sa trompeuse ardeur,

Ne voise pour le voir à Rome ou à Venise: Dans Paris il verra amour et marchandise, Comme les uns y sont heureux et des premiers;

Il pourra voir aussi une grande brigade

Des gens de tous estats mangez de la pelade, Et les plus convoiteux entre les prisonniers.

Que la condition de la vie est muable !

Et si nous fault souvent, en une fascheux séjour, Faschez de vivre tant, attendre nostre jour, Qu'une subite mort est douce au misérable !

Mais d'autant elle fuit qu'elP se sent désirable, Et lors qu'on est joyeux en démenant l'Amour, Du Bellay, c'est alors qu'elle vient à son tour : Ainsi dessous le ciel rien n'est ferme ny stable.

Nostre meilleur printemps et le jour plus heureux S'enfuit, et puis soudain une triste vieillesse, Compaigne de la mort, nous vient fermer les yeux,

Tant elle est du bon temps subite larronnesse : Encore tous les jours nous cherchons le moyen De courir à la mort et perdre nostre bien.

L'un mange et pille tout et pour soy tout amasse, Tant on est curieux du bien particulier ! L'un escoute en voyant tout le monde plier Selon le bon vouloir d'un dieu qui trop embrasse.

L'un ne veult endurer qu'un plus grand le surpasse, Ains s'esgaye de voir une court le prier Et tasche tant qu'il peult d'estre faict le premier, Affin de se tenir tousjours en bonne grâce;

L'autre, moins convoiteux, se plaist à courtiser Les dames, au moins mal qu'il se peult adviser, Cherchant de jour en jour le moyen de s'esbattre :

Mais un autre plus fin les contemplant de loing, Ainsi que chacun deux se martire en son soing, Voyant tout, parlant peu, se mocque de tous quatre,

Nous disons que les Rois ne demandent que guerre, Qu'ils y prennent plaisir, et que nous ce pendant, Comme pauvres vassaux, en portons le tourmant, Et eux ce qu'ils en font c'est pour le monde acquerre.

Quand il fait mauvais temps et qu'on oit le tonnerre Grumeler pesle-mesle au Ciel, subitement La faulte est sur le Ciel remise entièrement : Si le bled ne vault rien, on accuse la terre.

Nous ne voulons jamais nostre faict accuser, Nous sçavons assez bien de l'autruy deviser, Et sur le magistrat nos propres maux remettre.

Qui ne sçauroit, bon Dieu ! que la guerre et la mort, La ravine des eaux et famine, ne sort Sinon que des peschez que nous osons commettre?

Non, non, je ne veux pas qu'on me croye à crédit; J'ay (Dieu merci) assez pour prouver mon affaire; Tout son jergon ne peult en rien me satisfaire; J'afferme, je soutien ce que de luy j'ay dict.

S'il allègue une loy, j'allègueray l'édict; S'il se dit légitime en alléguant sa mère, Je prouveray que non par Testât de son père, Icy le mariage est au prestre interdict.

Or' qu'il ne fust bastard, comme tu le sçais estre, Si est est-ce qu'à le voir on juge qu'il est traistre, Et homme d'emprunter tousjours de plus en plus.

Tu luy diras, Marchant, 84 s'il vient en ta présence Qu'avant que de plaider ou demande asseurance, De peur qu'il ne s'envole avec ses dévolus.

Vénus, son Adonis par pleurs regrettera, Apollon sa Daphné, Orphé son Euridice, Et Pétrarque sa Laure, erreur de son service, Du Bellay son Olive en deuil lamentera;

Et Ronsard amoureux Cassandre chantera, Et par mille Sonets maudira la malice De l'aveugle Archerot qui luy fait injustice; Baïf de son destin la rigueur publira.

Tous ces regrets, Talon, 91 et plaintes langoureuses Ne sont tant sur l'Amour et Mort injurieuses Que les profonds soupirs et détestations

Dont usoit le Curé voyant sa Chambrière, Que la mort avoit faict des enfers héritière, Protestant en avoir encontre eux action.

C'est un pesant fardeau que le siège sainct Pierre, Et si nous y voyons un chascun aspirer : Un vicaire voudroit une cure attirer, Et puis un evesché, puis un chapeau conquerre,

Et puis la papauté, pour des amis acquerre, Et le Pape ne fait encor' que désirer Bonne vie et santé, affin de n'expirer A l'heure qu'il se voit le plus grand de la terre.

La plus grand part, hélas ! le fait pour vivre heureux, Sans soing et sans tourment en loisir paresseux, Fane tousjours gand'chère et s'addonner aux vices.

Mais lors que cest estât ne valloit que des coups, Des persécutions, des chaisnes et des clous, Les hommes lors n'estoyent friands de bénéfices.

Rome avoit surmonté par ses bras belliqueux Et mille Gallions toute la terre et l'onde, Si bien qu'il n'y avoit pour la ville et le monde, Qu'une pareille fin qui les bornast tous deux;

Pour achever le tout il luy estoit les Cieux :

Pourquoy vint assaillir ceste grande arche ronde Avec humilité et charité profonde, Des pères anciens l'essin dévotieux.

Or, leurs bons successeurs, les braves Courtisans, Affin de ne céder aux faicts des anciens, Voyant que tout estoit domté dans l'univers,

Se sont tant hazardez, qu'ores courant grand'erre, Après qu'ils ont laissé et le ciel et la terre, Ils sont faicts héritiers du profond des enfers.

Lubin, comme Ion dit, n'est que trop courageux A défendre la cause et le droict du Vicaire, Mais le contregarder, Lubin ne le peult faire; Lubin, comme l'on dit, n'est que trop paresseux.

Lubin ne sçait que trop, je m'en rapporte à ceux Qui disent que Lubin ne leur sçaurait complaire, Lubin n'ha que babil alors qu'il se fault taire, Et, quand il fault parler, Lubin est gracieux.

Lubin est bon légiste et ne veit jamais glose, Il est prest de donner sentence à toute chose Et jamais ne faillir sinon qu'à chasque poinct.

Lubin addressera aussitôt sa prière

A la femme d'honneur qu'à une chambrière; Mais de les contenter, Lubin ne le fait point.

Enfant digne du père, et portant sur sa face Un signe de grandeur avec l'accroissement, Et qui pour ta beauté sers d'esbayssement, Retrayant de ta mère et les yeux et la grâce :

Enfant, pour la grandeur suy ton père à la trace, Suy-le pour la vertu et le saint jugement, Suy ta mère en douceur; retien pareillement, Comme un riche thrésor, le bon bruit de ta race;

Et ce qu'à ta naissance ont départi les dieux, Fay-le reluire en toy, comme l'œil radieux De Diane reluit entre mill' estincelles :

Ainsi Talon pourra à jamais se vanter,

Le plus heureux sonneur de t'avoir sceu chanter,

La fleur de tout l'Auvergne entre les fleurs plus belles.

Tout ce qui s'est couvé de beau et d'admirable Aux escrits des Romains et antiques Grégois, Par toy nous le voyons au milieu des François, Tant tu has le Latin et le Grec favorable :

Pour cela tu nourris de science honorable, Seul entre tous esleu, la race de nos Rois, Qui, par une douceur de ta plus docte voix, Sera des bons esprits l'asyle secourable.

La gloire en est à toy comme premier auteur, Que ton pays reçoit un si docte seigneur, En qui tout' la Lorraine à veu son heur accroistre.

Et pour un tel bien-faict qu'elle a receu de toy, Elle t'estimera non seulement son Roy, Mais Père du pays, luy donnant un tel maistre.

Morlaye116, le seul bien que l'on peult sainctement Attendre du grand Dieu qui les saisons tempère, Et que nous luy devons par une humble prière Demander de bon cueur tousjours dévotement,

Ce seul bien, mon Morlaye, est vivre librement Et de corps et d'esprit, et d'une vie entière Servir à son prochain comme d'une lumière, Et d'un conseil Chrestien s'il se voit en tourment.

Nostre Dieu t'a donné le moyen de cognoistre Ceste volonté saincte, et de tousjours accroistre Les dons spirituels desquels il t'a doué.

Or je ne te sçauray désirer d'avantage En estreines, sinon que ton beau lignage Soit tousjours ce grand Dieu en ses œuvres loué.

Ce ne fut sans raison que le temps nous conceut Typosine117 compaigne aux filles de Mémoire, Ce ne fut sans raison qu'en signe de victoire France toute joyeuse en son sein la receut :

Car tout incontinent que notre Europe l'eut, L'ignorance abbaissa l'enfleure de sa gloire, La Science se feit de plus en plus notoire, Et Vérité sortit aussi tost qu'elle sceut.

L'Erreur en fut banni d'entre le populaire;

L'apparence fardée aux sçavans ne peut plaire, Tant entre les humains elle eut d'authorité :

Car en vain nous eussions des Neuf la cognoissance, Si le temps ne nous eust donné la jouissance De celle qui maintient Science et Vérité.

Le Dieu, le Tout-puissant qui, dès l'éternité, Avoit délibéré façonner ce grand monde, Jà voyoit sous ses pieds, comme une boule ronde, Ce qu'il avoit pensé en son infinité :

Les animaux créez par sa divinité

Et par son Verbe sainct et parole féconde,

En s'esgayants sur l'air, sur la terre et sur l'onde,

Louangeoyent le Facteur en leur lieu limité;

Jà le ciel estoilé commençoit sa carrière,

Et les feux de la nuict, espandants leur lumière, Compaignoyent le flambeau qui nous borne les mois;

Et jà l'Astre annuel à la bride avalée

Avoit plongé son chef dans la plaine salée, Et le tour de la terre affranchi par cinq fois;

Le Soleil commençoit son sixième voyage,

Et ses rayons pourprez embellissans les Cieux Faisoyent estinceler la mer contre ses yeux, N'ayant encor' monstre qu'à demi son visage.

Voyci, ce grand Ouvrier fait son parfaict ouvrage : C'est l'homme à sa semblance, à tout jamais heureux, Immortel, franc d'esprit, et sur tous généreux, Admirable en beauté au plus beau de son aage.

Et pour autant qu'un homme estant seul ne peult rien, Ce Créateur voulut luy faire tant de bien, Qu'à l'instant luy donner compaigne à luy semblable :

Faisant dessus ses yeux distiller le sommeil, Cependant Dieu créa la femme son pareil, Pour après conserver leur genre perdurable.

Il fut ce jour autheur du lien mutuel,

Et de ce sainct lien descend la saincte Église, Que Jésus christ après espouse et authorise, Pour nous faire héritiers du bien spirituel.

Depuis, par l'univers, d'un hault cry solennel,

Sainct Paul nous l'annonça, comme charge commise, Estre honorable en tous, voire qui éternise Ceux qui sont ensuyvans la loy de l'Éternel.

Ainsi fut ordonné cy bas le mariage

Par celny qui feit l'homme au temps du premier aage, Et depuis confirmé, par le inonde presché

Contre le vicieux, le paillard, l'adultère :

Car il est ordonné à qui mieux ne peult faire, Plustost se marier que brusler en péché118.

Princesse dont le cueur et vertu paternelle Reluit comme un midi en naïve beauté, Qui serviras d'exemple à la postérité, Chargeant de tes vertus la mémoire éternelle,

Ceste seule vertu or' te rend immortelle, Accordant ta louange à la divinité, Car tu as eu de Dieu ceste félicité Que le vieil aage d'or en toy se renouvelle.

Nous admirons en toy la royalle grandeur Avecque la vertu d'un magnanime cueur, Et croyons en cela la France bienheureuse,

Que ceux auxquels de droict avec l'accroissement (Comme par ligne) est deu nostre gouvernement, Tiennent de leurs ayeux la vertu généreuse.

Mon Beaumais, 8i que la femme est une beste estrange ! Ainsi comme elle veult ell'fait l'homme changer, E1P le faict véritable, elT le faict mensonger, Et quand on luy faict tort, lors au double se vange.

Celle que tu sçais bien, à la voir c'est un ange, Mais il se fault garder de tomber au danger : Il vauldroit beaucoup mieux, comme toy, desloger, Que se précipiter plus avant dans la fange.

En ce monde il y a un pareil animal.

Le comble du malheur, la source de tout mal, Un monstre d'Achelois 119 et Harpie friande,

Qui par son doux parler sille si bien les yeux, Quelle fait un agneau du plus malicieux, Et du bien desrobé elle en fait sa viande.

Le tombeau cizelé en la brave apparance Des combats furieux, où l'orgueil affronté D'un ennemi félon brusquement surmonté Doit porter aux nepveux la royalle vaillance,

Ne fait contre le temps si forte résistance, Que la seule vertu conjoincte à Vérité, Dont Henri120 magnanime à tousjours imité Ses plus braves ayeux, d'invincible constance.

Si donques son tombeau peult seul encourager Un homme de grand-âme, affin de se vanger De l'injure du temps par faicts-d'armes semblables,

Combien plus la vertu dont il estoit doué Doit inciter un cueur, pour se voir advoué Au rang des immortels à jamais admirables !

Qui contemple le Ciel, qui charge la mémoire. Prédisant le futur, contentant les nepveux, Trompe le sort humain, s'eslève jusqu'aux Cieux, Despitant la Fortune, ayant sur mort victoire.

L'un cherche la grandeur et l'autre donne gloire : L'un se ravit au Ciei, l'autre chante les dieux; L'un ne peult contenter le désir de ses yeux, Et l'autre incessamment enrichit son histoire.

Nous les voyons tous deux tendre à l'éternité, Tous deux chercher au Ciel une immortalité, Tous deux gaigner ce but par mesme voye estroicte :

C'est cela qui me fait penser que maintenant

L'âme de Sainct Gelais m est dans le firmament, Puisque vivant il fut Astrologue et Poëte.

LA GELODACRYE

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