‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 12 sur 113 · NOTICE SUR GRÉVIN XX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR GRÉVIN XX

De Thou l'appelle « homo tôt ingenii dotibus instructiis et amoenitate ingenii cunctos in sui amorem rapiens1.» Ainsi, l'homme était charmant. Maintenant, revenons, aux œuvres.

Un Brief Discours -pour l'intelligence de ce Théâtre, qui précède César*, la Trêsorière et les Esbahis doit nous arrêter quelques instants, parce que Grévin s'y pose en novateur, et que ceci demande examen, si l'on veut se faire, en notant les étapes de sa vie littéraire, une idée juste de son rôle et de l'étendue de son action ou de ses prétentions comme écrivain dramatique.

Il ne veut pas qu'on le soupçonne d'avoir traduit un Julius Caesar, tragédie en vers latins de son maître Muret, et cela, nous le lui accorderons bien volontiers. Mais il ne veut pas que l'on estime qu'il ait marché sur les traces de qui que ce soit. « Ami lecteur, dit-il, premier de nostre temps je me suis hazardé de mettre la Tragédie et Comédie françoise entre tes mains. » Tout de suite, une objection se présente : et Jodelle? Grévin l'a prévue et y répond : « Non que je vueille dire premier qui en a composé en nostre langue : car je scay bien qu'Estienne Jodelle (homme qui mérite beaucoup pour la promptitude et gentillesse de son esprit) a esté celuy qui les a tirées des Grecs et Latins pour les replanter en France. Mais aussi je diray ceci sans arrogance, que je suis encores à voir tragédies et comédies françoises...» C'est un peu vague: cherchons ce qu'il veut dire. Remarquons qu'il pouvait se

i. De Thou, Hisloriae, XL, VII, in fine.

s. Et non pas Jules César, ni La mort de César, comme oni mprime trop souvent^

Page 1