‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 13 sur 113 · XXI NOTICE SUR GRÉVIN · texte numérisé non relu

XXI NOTICE SUR GRÉVIN

prévaloir de sa supériorité dans l'exécution et le mérite littéraire. La modestie n'est pas la vertu dominante des hommes de la Renaissance. Il pouvait déclarer (et, au fond, c'est sa pensée) : j'ai fait tellement mieux que Jodelle ne compte plus. Il pouvait encore se prévaloir de sa supériorité dans la versification. L'alternance des rimes masculines et féminines, cette loi imposée par Ronsard, qui la prêche d'exemple et qui la formulera en précepte dans son Abbrégé de l'Art poétique françois (1565), cette loi n'est pas observée dans Cléopâtre; elle l'est dans César. Qu'on songe à tout ce qu'il fallait pour que parût enfin le premier modèle de la tragédie nationale. Il fallait que cette œuvreprototype fût : i° une tragédie, et non plus un mystère ou une moralité; 2° écrite en français, et non plus en latin; 30 originale, et non plus traduite ; 40 conforme aux règles d'Aristote; 50 rimée avec alternance; 6° jouée en public, fût-ce devant un public restreint; 70 enfin, imprimée, c'est-à-dire offerte à tous. Et c'est ce dernier point, si important, qui explique, je crois, la revendication de priorité chez notre auteur. Jodelle a fait des oeuvres scèniques. Mais où sont-elles? pendues au croc, comme il dit lui-même, donc perdues. Elles ne sont plus que le souvenir d'un jour, elle» ont passé avec les chandelles de ia représentation. (Elles seront imprimées plus tard, mais Grévin ne les verra pas). Ce sort éphémère, Grévin n'en a pas voulu pour ses pièces, que voici donc « entre les mains » du lecteur. Un juge éminent de ces questions a écrit -: « Grévin, en 1561, se dit le premier... On s'est parfois laissé embarrasser par ces déclarations Elles signifient seulement qu'il n'y a pas encore de tragédies originales imprimées. J » Eh bien, soit : mais n'est-ce rien, cela? Tragédie

1. G. Iyanson, Revue d'Hisl. litl. de la France, 1903, p. 191.

Page 1