SOTICE SUR GRÉ VI .V XXII
bien rimée, c'est mieux que Jodelle. Tragédie imprimée, donc dédiée au public, à tout le public, même lointain, même futur, c'est plus que Jodelle, et beaucoup plus. Que Jodelle ait la gloire d'avoir été le premier, nul n'y contredira, et c'est entendu: « La Clêopâtre de Jodelle fonde la tragédie et le théâtre moderne en France. 1 » Mais que Grévin, tout de suite après Jodelle, ait fait à la fois mieux et plus que Jodelle, c'est un mérite dont il avait le droit de se targuer, dont il n'est que juste de lui tenir compte.
Et que viennent maintenant tous les autres. Oh ! sans doute, il n'y aura pas de sitôt un grand progrès, ni surtout un progrès continu et rectiligne. Chez tous ces dramaturges d'avant-garde, mêmes défauts agaçants. Trop de rhétorique, de sentences, de lieux communs, soit politiques, soit moraux, trop de souci de faire des pièces «didascaliques et enseignantes2 », trop de tendance aristocratique, hautement avouée par les auteurs. Non seulement ou ne brigue pas le suffrage du vulgaire, mais on le dédaigne et on s'en vante. Florent Chrestien félicite Grévin de ne pas « travailler pour les carrefours ». On n'en est pas à comprendre la part de collaboration du public dans une œuvre écrite pour lui. On n'écrit pas pour le public. On n'écrit que pour une élite, et l'on n'arrive qu'à édifier des pièces parfaitement ennuyeuses pour notre goût, quelquefois illisibles. Eh bien ! telle qu'elle est, « cette tragédie avortée fait faire un grand pas à l'art dramatique en France3». Elle est l'aurore d'une grande chose. Elle est une grande chose elle-même, puisque toute la destinée de notre art dramatique en procédera.
En ce qui concerne la comédie, un avertissement en
i . G. I«anson, Esquisse d' une Histoire de la Tragédie fraiifaise, New- York, 1920. p. 7-