NOTICE SUR GREVIX XXIV
Le public nt un succès au volume du Théâtre; l'année suivante, on en donnait une réimpression.
Ce succès était mérité.
La tragédie, aux vers solides et sonores, plaît encore par « une abondance de bon aloi souvent, et un mouvement plein de feu qui en font le premier modèle vraiment important de la tragédie oratoire. 1 » Le premier modèle, oui, c'est bien cela. Le récit du messager (l'honnête messager du théâtre classique, racontant, en homme qui connaît son Plutarque, les derniers instants de César), les cris de Calpurnie, attendus comme un motif d'opéra, les harangues de Brutus au peuple, d'Antoine aux soldats, voilà qui donnera le ton aux successeurs, et je dis aux plus grands. L'éloquence de Grévin servira même les passions politiques. Après qu'Antoine a soulevé les vétérans, l'un d'eux, moins enthousiaste, jette au public le mot de la fin :
Ceste mort est fatale Aux nouveaux inventeurs de puissance royale.
Cette parabase est-elle la conclusion d'une thèse républicaine? La pièce est-elle, comme on l'a dit (Faguet), le Contr' Un en vers? Nullement. L'auteur se contente d'exposer pour un moment donné de l'histoire romaine, le conflit des deux principes, autocratique et démocratique, et l'on sent que ses préférences iraient plutôt au premier. Cependant, les partis d'opposition se sont armés à deux reprises de ce César d'humaniste. On l'a réimprimé en 1578 et en 1606, cette fois sous ce titre significatif : La Liberté vangée ou César poignardé. Ravaillac, quatre ans après, se chargera de la parabase.
I. É. Faguet, La Tragédie française au x\i* siècle, Paris, 1883, p. 122.