‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 17 sur 113 · XXV NOTICE SUR GRÉVIN · texte numérisé non relu

XXV NOTICE SUR GRÉVIN

Quant aux deux comédies, elles sont amusantes et savoureuses, et prouvent que leur auteur « avait le sens du comique infiniment plus que Jodelle.1» Elles sont trop souvent licencieuses : c'est un défaut dt l'époque, et, n'en déplaise à Grévin, un héritage de l'âge précédent. Si on les remettait à la scène en les expurgeant suffisamment sans perdre l'intrigue (c'est peut-être faisable au moins pour l'une des deux2), en les modernisant un peu, en les allégeant beaucoup, j'imagine qu'il se trouverait un public pour y prendre plaisir.

« Olympe ou rien ». parole d'amoureux . Grévin n'épousa pas Nicole Estienne. Il se maria, nous ignorons quand et dans quelles conditions. Elle se maria aussi, mais là-dessus nous sommes mieux renseignés.

Ou la rupture avait déjà eu lieu quand paraissait le Théâtre, et Grévin donnait tout de même l'essor à ses nouvelles poésies pour Olympe (trente-deux sonnets et diverses petites pièces), parce que de si jolies choses ne doivent pas se perdre, ou elle eut lieu très peu de temps après la publication du Théâtre. On ne sait ce qui la causa; peutêtre ce motif bien bourgeois, le mauvais état des affaires de Charles Estienne, qui va, en 1564, mourir au Châtelet, emprisonné pour dettes, entièrement ruiné.

Nicole épousa un docteur-régent de la Faculté, Jean

1. Eug. Rigal, Le Théâtre de la Renaissance, dans Petit de JulIeviUe, Histoire de la Littérature française, t. III, p 301.

2. L'Idéale- Revue au 25 novembre 191 1 a publié une adaptation en vers rnolernes, en trois actes, de la Trésorière, par M. Gustave Philippon.

NOTICE SUR G RÉ VIN xxvi

Liébault, de Dijon, qui eut une carrière très brillante, fut un fervent adepte du spagirisme et de la « philosophie chimique », obtint par elle ou lui attribua des cures merveilleuses et mourut en 1596, « premier médecin de Madame, sœur du roi1. » Il a laissé un certain nombre d'ouvrages en divers genres. Le plus célèbre est une traduction française avec augmentations du Praedium rusticum de Charles Estienne. La Maison Rustique eut une très grande vogue : on la réimprimait encore à la fin du siècle suivant.

Digne fille d'un Estienne, Nicole était très instruite. « C'est, déclarait un contemporain, une dame bien accomplie tant en gaillardise d'esprit que grâce de bien dire, à ce que j'en ai vu, devisant une fois avec elle2. » Je connais d'elle un sonnet inédit, avec l'anagramme de son nom, Nicolle Estienne, J'estonne le Ciel3. Elle a publié des stances sur Les Misères de la Femme mariée, où se peuvent voir les peines et tourments qu'elle reçoit durant sa vie, qui sont, littérairement parlant et quoi qu'on pense de leur pessimisme, une chose charmante4.

Il existe à la Bibliothèque Nationale un portrait au crayon de « Madame Lyébault » par François Clouet5.

1 . Documents pour servir à l'histoire des libraires de Paris, publiés par le baron Jérôme Pichon et Georges Vicaire, Paris, 1895, p. 180 II s'agit de cette mélancolique Catherine de Bourbon, qui épousa en 1599 Henri de lorraine, fils de Charles de lorraine et de Claude de France, la petite protectrice de Grévin.

2. Du Verdicr, Bibliothèque fraiiçoise, Lyon, 1580 v° Nicole Estienne.

3. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, n° 22563, 2e partie, p. 41.

4. Cette pièce a été réimprimée dans les Variétés littéraires de M. Edouard Fournier, t. III, pp. 321-331.

5 Henri Bouchot, Les Portraits aux crayons des XVIe et xvue siècles conservés à la Bibliothèque nationale. Paris, 1884, pp. 45 et 204. — Les Clouet et Corneille de Lyon, Paris, 1892, pp. 26-28. Ce portrait est certainement des premièress années du mariage de Nicole, tous les portraits du recueil cité étant antérieurs à 1570.

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