‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 18 sur 113 · XXVU NOTICE SUR GRÉVIN · texte numérisé non relu

XXVU NOTICE SUR GRÉVIN

Avec cette deuxième partie de YOlimpe, le Théâtre contient la deuxième partie de la Gélodactye (31 sonnets).

Ici, adieu l'idylle. Nous retrouvons un autre Grévin, et ce sera le Grévin définitif, celui qui nous livre le dernier état de sa pensée, le huguenot irrité qui, en des vers souvent obscurs à dessein, laisse échapper son courroux comme par éclairs. J'ai déjà parlé de cette œuvre de combat. Elle est inconnue. Le seul critique, à ma connaissance, qui en ait dit quelque chose ne lui a consacré que peu de lignes, tout à fait injustes à force d'être dédaigneuses. « A peine, dit M. Lenient, trouverait-on dans ce long poème, divisé en deux parties, quelques vers dignes d'être cités.»1 Ce poème, en réalité, n'est pas sans beautés, et de nobles accents y sont mis au service d'une âpre conviction. Comme document d'époque et spécimen de littérature militante, la Gélodacrye a son intérêt ; comme poésie, elle à son prix. Qu'on la lise, maintenant qu'on le peut faire, et qu'on dise si la publication de telles œuvres, arrachées à l'oubli, ne constitue pas un appel nécessaire de jugements trops hâtifs qui, hier encore, échappaient à peu près à tout contrôle.

Chose curieuse : ce petit volume du Théâtre nous représente en quelque sorte matériellement tout le changement qui s'est accompli dans les idées et qui va s'accomplir dans la vie de notre personnage. Au début, la longue

1. C. lenient, La Satire en France, Paris, 1SS6, t. I. p. 125

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et flatteuse épître de Ronsard, le Discours à Jacques Grévin, où le Maître atteste

Qu'en nostre France un seul Grévin assemble La docte médecine et les vers tout ensemble.1

Cela, c'est le passé, et le dernier souvenir des aspirations communes et des heures d'amitié confiante. Mais à la fin du Théâtre, que voyons-nous? Vers grecs de Florent Chrestien sur la Gélodacrye, traduction par Florent Chrestien, soit en vers grecs, soit en vers latins, de sonnets ou petits poèmes de YOlimpe : voilà maintenant l'ami écouté, le nouveau Mentor. J'allais oublier une ode latine par laquelle Mentor adjure Grévin de laisser là ses amours pour se dévouer à de plus grands sujets, au théâtre, et, sans doute aussi (il ne le dit pas, mais il l'espère) à la Cause religieuse. Il emprunte non seulement la langue, mais les expressions mêmes d'Horace :

Magna Ma certè, non tamen hacc satis Superque magna; desine mollium Tandem, Grevine, quaeso, atnorum et Parva modis îemiare magnis."

Un jour, Victor Hugo tiendra le même langage : « Trêve à toutes ces vaines choses... Il est temps d'avoir d'autres fièvres... »3. Si le poète est dans son rôle en prêchant le mépris du rêve, ce serait une question ; mais Florent Chrestien était plus homme de parti que poète. Et Grévin suivra ce directeur de conscience. Deux passions vont maintenant se partager sa vie, la politique et la médecine. La seconde aura le pas tout d'abord, parce qu'il a voulu

i. Ronsard', éd. cité' t. VI. p. 408.

2. Arrangement de deux passages d'Horace : Od., Il, 9, v. 17; III, 3, v. 72.

3. Victor Hugo, Rupture avec ce qui amoindrit, dans la Légende des Siècles, IV.

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