‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 27 sur 113 · XXXVII NOTICE SUR GREVIN · texte numérisé non relu

XXXVII NOTICE SUR GREVIN

(on dirait aujourd'hui des hystériques) ; il faut brûler les livres de sorcellerie, il ne faut pas brûler les sorcières. Un tel cri de pitié nous paraît naturel. Qu'on songe à ce qu'il avait d'insolite à l'époque, et à tout ce qu'on brûlera encore de sorciers et de sorcières jusqu'à Beccaria. Grévin doit être honoré d'avoir répété ce cri, peut-être en pensant à d'autres bûchers. Il n'admettait pas qu'on tuât ses semblables ni par ignorance, ni par fanatisme. C'était décidément un homme très en avance sur son temps. — Beaucoup plus tard, quand un grand poète en prose, Michelet, divinisera symboliquement et romantiquement « La Sorcière », il n'écrira qu'une œuvre de parti, dans laquelle, magicien lui-même, il pourra nous enchanter du prestige de son art, mais sans réclamer, au péril de sa vie, un progrès social.

Grévin dédiait sa traduction au duc d'Anjou, frère du roi (le futur Henri III), le 12 avril 1567. La dédicace (à M. de Carnavalet) du Second Discours sur ï Antimoine est du 25 août. Quand, le 27 novembre, se tiendra la réunion annuelle des docteurs -régents de la Faculté, on constate que, pour la première fois depuis son admission au doctorat, la signature de Grévin ne figure pas parmi celles de ses collègues. C'est que les dissensions se sont rallumées, la deuxième guerre de religion a éclaté, les garanties de l'édit d'Amboise vont devenir précaires. Grévin a quitté la France, qu'il ne reverra pas.

Pour la deuxième fois, il s'est réfugié en Angleterre. Fait établi par seize sonnets inédits qu'on a découverts

NOTICE SUR GRÉVIN xxxvm

dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale et qui sont très dignes de figurer en bonne place dans l'œuvre de notre poète l.

J'escrivois la plus part de ces mieux penseruens Ce pendant qu'en la France une civille guerre Pour la seconde foys, ainsy comme un tonnerre, Foudroioit à l'envy mille morts et tourmens.... Mais moy, loing des malheurs, j'habitois l'Angleterre.

« La plupart » ; nous pouvons assez facilement mesurer la portée de cette restriction. Les sonnets amoureux (II, IV, XV) ont pu être apportés de France avec le sonnet IX dédicace projetée et inutilisée du Procme. Le sonnet XVI est postérieur aux autres : il y est parlé des lansquenets que Condé reçut en renfort après la bataille de Saint-Denis et qui commencèrent par exiger leur solde. Le sonnet X est très intéressant : c'est lui qui nous apprend que le beau portrait de Grévin, en tête du Théâtre, est de Janet, c'est-à-dire de François Clouet, et non pas de Denisot, comme on l'avait cru. 2

Grévin trouva un bon accueil auprès de l'ambassadeur, du roi de France à Londres, Jacques Boche tel, sieur de la Forest-Thaumyère. Il se promena, il « rama la Tamise », assista à des combats d'ours ou de taureaux contre des chiens, et visita les monuments, notamment le palais de Bridewell, où Shakespeare a placé le 3e acte de son Henri VIII. Mais il ne s'attarda pas à Londres : en octobre, il est à Anvers.

1. Léon Dorez, Sonnets d'Angleterre et de Flandre par Jacques Grévin.. dans 1 2 Bulletin du Bibliophile, 1898, p. 421-434 (Tirage à part à 35 exemplaire^.)

2. Henri Bouchot, Les Clouet et Corneille de Lyon, Taris, 1S92, p. 57.

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