‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 45 sur 113 · COMÉDIES AU LECTEUR · texte numérisé non relu

COMÉDIES AU LECTEUR

La liberté des Poètes Comiques a tousjours esté telle, que souventes fois ils ont usé de mots assez grossiers, de sentences et manières de parler rejectées de la boutique des mieux disans, ou de ceux qui pensent mieux dire : ce que par aventure Ion pourra trouver lisant mes Comédies. Mais pourtant il ne se fault renfrogner, car il n'est pas icy question de farder la langue d'un mercadant, d'un serviteur ou d'une chambrière, et moins orner le langage du vulgaire, lequel a plustost dict un mot que pensé. Seulement le Comique se propose de représenter la vérité et naïveté de sa langue, comme les mœurs, les conditions et les estats de ceux qu'il met en jeu : sans toutesfois faire tort à sa pureté, laquelle est plustost entre le vulgaire (je dy si Ion change quelques mots qui resentent leur terroir) qu'entre ces Courtizans, qui pensent avoir faict un beau coup, quand ils ont arraché la peau de quelque mot Latin, pour déguiser le François, qui n'ha aucune grâce (disent-ils), s'il ne donne à songer aux femmes, comme s'ils prenoyent plaisir de n'estre point entendus. Tu ne trouveras donc estrange, Lecteur, si en ces Comédies tu ne trouves un langage recherché curieusement, et enrichi des plumes.

d'autruy : car je ne suis point de ceux qui font pailer un cuisinier des choses célestes et descriptions des temps et des saisons, ou bien une simple chambrière françoise des amours de Jupiter avec Léda, et des vaillantises d'Alexandre le Grand. Je me contente seulement de donner aux François la Comédie en telle pureté qu'anciennement l'ont baillée Aristophane aux Grecs, Flaute et Térence aux Romains. Ce que je me suis proposé tousjours en escrivant ce poëme, ainsi qu'ont peu appercevoir ceux qui ont veu la Maubertine première Comédie que je mis en jeu, et que j'avoye bien délibéré te donner, si elle ne m'eust esté desrobée. " Toustefois celles cy pourront suffire pour monstrez le chemin à ceux qui viendront après nous. Tu peux donc, maintenant, ami Lecteur, adverti de ce poinct, te mestre à lire ce Poëme ; et si tu trouves quelque chose qui ne soit à ton goust, souvienne toy que ce n'est chose estrange, si ceux qui vont les premiers en un désert et pays incogneu se fourvoyent souventes fois de leur chemin.

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