SCÈNE V. — MADALÊNE, MARION MAD ALÊNE
Hélas ! Marion, quelle peur
Vient maintenant saisir mon cueur?
Je n'en puis plus, le cueur me fault.
Mon père est entré en sursault,
Tout coléré, et si je croy
Qu'il a quelque chose sur moy :
Car, au lieu de me faire acueil,
Me regardant d'un mauvais œil,
Et quasi d'une desplaisance,
Il m'a deffendu sa présence.
Marion Tout autant de cela que rien.
Mad alêne
Dictes, Marion, sçait-il bien?
Marion
Ouy; que tous les diables soit Josse ! Je n'ay peu de toute ma force, Ny par parolles, faire tant
Qu'il ne le sceut, et presque autant Que moy-mesme
Madalêne
Vierge Mario, Que feray-je?
Marion
Miche42, m'amie, Nous n'en serons jamais repris; Le conseil en est desjà pris :
Il n'en fault point crier le ventre.
Madalêne
Encore, Marion, s'il entre
Dedans la chambrette, hé bon dieu !
Puis- je demeurer en ce lieu?
On dit bien vray : pour un plaisir
Mille douleurs tout à loisir
Viennent accompagner noz jours;
La plus malheureuse en amours
Que fust jamais, las ! c'est moy-mesme.
Marion
Ne pleurez point, au mal extrême J'inventeray les bons moyens Pour eschapper de ces liens.
J'en ay bien veu d'autre, et si suis Encor ici; et, si je puis, J'echapperay à mon honneur Comme des autres.
Madalêne
Si Monsieur Le sçavoit, je m'asseurre bien Qu'il n'espargn croit point son bien, Son corps, sa vie et son honneur
I8g LES ESBAHIS
Pour moy : car il est de tel cueur Que plustost il vouldroit mourir Que ne pouvoir me secourir.
Laissez faire à George; il est homme D'aage; j'en feray ainsi comme Si c'estoit pour moy.