SCÈNE I. — PANTHALÉONÉ, JULIEN
PANTHALÉONÉ
Sera donc ma playe immortelle,
Pour autant que ceste cruelle
Ne veult donner allégement
A ce qui cause mon torment?
Si de ma douleur et ma plainte
EU' n'est aucunement attainte,
Qu'elle aye à tout le moins le son
De ma plus piteuse chanson :
Ingiustissimo Amor, perché si raro
Corrispondenti fai nostri desiri?
Onde, perfido, avien che t'é si caro
Il discorde voler, che in due cor miri?
Ir non mi lasci al facil guado chiaro,
Et nel più cieco e maggior fondo tiri;
Da chi disia il mio amor, tu mi richiami;
E chi m'ha in odio, vuoi ch'adori ed ami. 60
Julien
N'ay je pas entendu passer Mon coïon qui, pour croaçer
Sa belle rime poltronisque
Fait icy du brave rufisque?
C'est luymesme, mais, s'il n'accorde
Un peu mieux sa jazarde chorde,
Jamais il ne viendra au but
Par le moyen de ce vieil lut.
Panthaléoné
Sus, sus, mignon ! qu'on amolisse,
Avec ton honeste service,
Et une plus qu'humble prière,
La cruauté de ceste fière.
Fai en' a Rinaldo Angelica par bella,
Quando esso a lei brutto e spiacevol pare :
Quando le par ea bello e l'amava ella,
Egli odio lei, quanto si puô più odiare.
Ora s'afflgge indarno, e si flagella ;
Cosi renduto ben gli è pare à pare.
Ella l'ha in odio; e l'odio è di tal sorte,
Che più tosto che lui vorria la morte. 61
Julien
Jamais, jamais, la faincte voix N'eust pouvoir envers un François.
Il ne veult point tant de gambades Tant de chansons, ny tant d'aubades, En payment : tout cela ne peult Le divertir de ce qu'il veult.
Panthaléoné
Ha cruelle ! veux-tu toujours Desdaigner les fermes amours De ton serviteur plus fidelle?
Julien
Tu as beau la nommer cruelle, Et bel estre son serviteur,
Si n'en seras-tu pas vainqueur, Messere Frecasso.
Panthaléoné Ha beste !
Julien
Avez-vous le martel en teste?
Signor mio, sus, une aubade !
Panthaléoné
Mais plustôt une bastonnade A ce faquin qui fait du brave.
Julien
Vous n'avez guères que la bave, Je le scay bien, je vous cognoy, Vous regardant quand je vous voy.
Panthaléoné
Ha ! Dieu, ce poltron paysant Veult-il faire icy du plaisant?
Est-ce raison que je m'en taise?
Julien
Prime de la caze Frenèse, Grand escuyer de sa maison, Quand il est seul.
Panthaléoné
Est-ce raison Que j'endure telle bravade, Moy qui pour une canonnade Jamais ne me suis estonné?
Julien Ha ! quel meurtrier !
Panthaléoné
J'ay donné Mille coups d'estoc et de taille Au plus espais d'une bataille, Et ce sot poltron parangonne Sa couardise à ma personne.
Julien
Saçvez-vous bien que c'est, mastin, Fantosme du mont Aventin, Sépulchre à punaise, pendart, Demourant de tout le cagnart; Si vous ne me parlez plus doux, Je vous assommeray de coups.
Regardez, je suis Julien, Qui n'enten mot d'italien, Mais si vous grongnez autre fois, Je vous feray parler François, Encor' que soyez bougrino.
Panthaléoné
Non, non, messer Juliano;
Je pensoy que ce fust un autre :
Car, quant à moy, je suis tout vostre,
Et ne voudroy rien attenter
Qui fust pour vous mescontenter.
Julien
Ha Dieu, je vous cognoy trop bien; Si sçaurez vous tantost combien Me déplaist vostre sot langage.
Ig9 LES ÈSBAHIS