‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 94 sur 113 · MADAME MARGUERITE DE FRANCE DUCHESSE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

MADAME MARGUERITE DE FRANCE DUCHESSE DE SAVOIE

Le Poète et la Muse ont le soin de chanter

Les hommes et les dieux : elle afin de vanter

La force et la grandeur de ceux qui ont puissance

De manier du Ciel éternelle accordance :

Et luv, en eschangeant le labeur de ses mains

{Ainsi que troc pour troc) aux bien-faicts des humaine,

Pour chanter en ses vers leurs vertus et leur gloire,

Et pour les bienheurer d'une longue mémoire :

Car la Muse divine ha le ciel immortel,

Le Poète qui est homme ha son subject mortel.

S'il est doncques ainsi, ny l'immortelle Muse

Ny le Poète mortel ne trouveront excuse

Qui les puisse exempter de s'employer tous deux.

Pour raconter le loz des hommes et des Dieux.

La Muse te dira la Françoise Minerve Sous qui le faux Erreur et l'Ignorance serve Furent jadis bannis d'avecque les François, Et renvoyez au sein des plus barbares Rois : Le Poète te dira sa seure sauvegarde Sa targue63 qui défend une langue jazarde Qui d'un -parler moqueur le pensoit effrayer''*. Il dira que tu peux sous ta Gorgon muer Ceux qui effrontément sont venus, à l'exemple Des corbeaux enrouez, croacer dans ton temple.

C'est pourquoy maintenant en ton nom immortel, Ma Princesse, je viens appendre à ton autel Du fruict de mon printemps, à celle fin qu'il dure Encontre les efforts d'une mordante injure : Car seule tu le peux, or' qu'il deusse mourir, Des envieux, du Temps, et de Mort secourir.

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