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Pour mieux vendre son effort :
Ainsi la flâme amoureuse Du berger Savoysien, Qu'une guerre trop douteuse Enserroit sous son bien, Ores se fait à cognoistre A Margot, la sachant estre Seule qui mérite avoir Ce bien de le recevoir.
Ainsi l'amitié entière De la sœur du Dieu berger, Gardant sa force première Ne se peut oncque changer, Et or' se fait à cognoistre A Philbert, le sachant estre Digne, qui mérite avoir Ce bien de la recevoir.
Jaquet
Comme les Alpes chenues, Qui bornent le parc François, Poulsent leurs pointes cornues Par dessus les plus haults bois, Et semble que leur audace La terre et le ciel menace Tant ells' eslèvent le front Par dessus le plus hault mont :
Comme Vesper argentine, Qui brille premier aux cieux, Embellit la grand' courtine Plus que tous les autres feux Qui, d'une pointe dorée, Dedans ceste arche azurée, A l'accord d'un bransle doux, Jettent leur clarté sur nous :
Ainsi nous voyons paroistre Par dessus tous les bergers,
Phlippot qui or' nous fait estre Asseurez des estrangers, Luy qui prend en mariage La plus riche du village, Et qui n'eut sceu mieux choisir Au désir de son plaisir.
Ainsi entre les bergères Xous voyons nostre Ysabeau, Comme parmi les fougères Les fleurs du printemps nouveau, E1P qui prend en mariage Le maistre d'un pasturage, Elle qui prend pour espoux Le meilleur Berger de tous.
Comme parmi les fleurettes, Descloses au chault du jour, Un essaim de mille avettes 78 Fait son plus heureux séjour, Suçant la liqueur bénigne, Que la nature divine Prend en partie des cieux, Faisant le miel doucereux :
Tout ainsi sa lèvre est pleine Des grâces, qui à l'odeur D'une soupirante haleine Se plaisent en la douceur D'une douce mignardise, Ou bien qu'elle devise, Ou que d'un ris addouci Elle chasse le souci.
Nous avons dans le village, Pour l'exemple de beauté, Trois cens bergères d'une aage, Qui aiment la chasteté, Et dont la beauté prisée, De plus en plus désirée, Pourroit contenter les yeux
Du maistre de tous les dieux :
Encor' n'y a -il pucelle, Qui se puisse accomparer Avec la beauté de celle Qui or' nous fait espérer :
Nous y trouvons à redire, Trois cens ne peuvent suffire Pour parangonner leur beau A la bergère Ysabeau.
Comme l'Aube renaissante Déchasse une obscure nuict, Quand de la mer rougissante Tire le char qui la suit :
Comme la longue froidure Ou une pluye qui dure Se départ quand le Soleil Nous monstre son œil vermeil :
Ainsi la seule présence D'Ysabeau, peult effacer Les beautez de tout' la France :
Aussi elT peult surpasser, Soit que d'un Hz, d'une rose, D'un œillet elle compose Un beau chappelet de fleurs, Pour couronner se« deux Sœurs 79,
Ou bien soit qu'elle façonne De ses doits industrieux Un bouquet, ou qu'elle ordonne Un ouvrage ingénieux Sur la toille bigarrée D'une soye coulourée, Comme nous voyons les champs A l'entrée du Printemps.
Jaquet avoit mis fin à sa chanson première, Quand le chien de Collin délaissant la louvière76
JACQUES GRÉVIN 23a
Ou il estoit couché, s'en alla au devant D'un berger qui venoit du costé du Levant, Et cheminoit desjà au travers de la plaine, Délaissant à costé la rivière de Seine; Lors Collin, regardant à ses pieds un barbet Qui luy saultoit au col, dict ainsi à Jaquet :
Collin
Vois-tu bien cestuy-là, qui à une verseine 80 Vient ensuyvant le cours de la belle fontaine? Jaquet, le vois-tu bien? c'est un berger qui peult Nous aider de beaucoup, et avancer s'il veult : Le vois-tu bien songeart murmurer quelque chose? Le vois-tu bien, Jaquet? c'est celuy lequel j'ose Vanter entre tous ceux qui jouent du flageol : Vois-tu bien un bourdon qui luy pend à son col? C'est celuy dont sans fin il chante les louanges Des ancestres de Pan, et qui jusque aux estranges A envoyé le loz de la sage Margot, Et sur tout la bonté du bon pasteur Chariot.
Jaquet
C'est Tenot, ce me semble, à voir sa peau louvine; C'est Tenot, c'est luy-mesme, encor' plus il chemine Le sentier droict à nous, allons premiers à luy Luy donner le bon jour : Pan nous monstre aujourdhuy Qu'il a soing de nos parcs et de nos brebiettes, Et qu'il a pris à gré le son de nos musettes.
Tenot
Que faites vous garsons? estes vous paresseux Sous ces bois cheveleux, maintenant que nos dieux Nous veulent tant de bien, et qu'après une guerre, Qui malheureusement moissonnoit nostre terre, Or' ont tant faict pour nous, que nous sommes remis, Sans crainte de l'effort des soldars ennemis, Chacun en sa maison, chacun en son village,
Pour jouir plus heureux de nostre pasturage? Et pour perpétuer ce tant heureux lien Le berger Espagnol, et le Savoysien Donnent en nostre terre éternelle alliance : Cestuy-ci prend Margot, la plus sage de France, L'autre prend Ysabeau, l'eslite de beauté, De grâce, de maintien, d'amour, de chasteté,
Passant dedans la ville auprès la grand' Eglise, J'ay veu un eschafîault que tout le monde prise, Pour l'ouvrage excellent : à tous les deux costez Il y a de grans arcs en bosse revoultez, Faicts de mille tortis de lauriers et de l'hierre, Qui de cest eschaffault tout le pourpris 81 enserre : A chasque entrelasseure on voit pendre de front D'une suyte allongée un beau cercle tout rond : Là de mille croissants la voulture cornue, Claire comme l'argent, dans ce fueillage est veûe : Là Ion voit deux-à-deux les riches escussons L'un l'autre s'accoler comme frères bessons, Et promettre (ce semble) une ferme alliance De la race Espagnole avec le liz de France.
Comme l'on voit au bois d'un l'hierre tortu Un grand chesne ridé tout entour revestu, Qui semble avoir produict ce verdoyant fueillage, Or' qu'il soit deséché et pourri de vieil aage : Ainsi ce verd laurier est tellement enté, Et si bien composé sur ce bois charpenté, Que plusieurs ont pensé que mesme la nature Avoit sur l'eschaffault produict ceste verdure.
Collin
Allons doncque, Berger, allons voir le plaisir; Nous ne sçaurions jamais meilleure heure choisir.
Jaquet
Allons, j'en suis content, je pourray par la voye, Rencontrer mon Olimpe, et d'un cordon de soye
Que Thoinon me donna luy faire le présent : Tcnot avecque nous s'en viendra devisant Du surplus qu'il a veu : il prendra bien la peine, Le chemin n'est pas long, il n'y a que la plaine A passer au travers. Je crois, moy, qu'Apollon Me favorise tant, qu'encore Madelon (Madelon que Margot aime autant que soy-mesme) Pourra prendre de moy un fromage de cresme, Qui est dans ma Cahute : elle sçait mon pouvoir, Elle en a bien voulu quelque-fois recevoir, Et pris à gré le son de quelque chansonnette, Alors que j'embouchay ma première musette.
Tenot
Allons, et ce pendant pour remerquer ce jour A jamais d'un bonheur, et pour le ferme amour Que joyeux je prenoy à tousjours pardurable, Monstrez à tout le moins qu'Apollon favorable Vous nourrit quelque-fois au giron de ses Sœurs; Monstrez qu'estes au rang des poètes pasteurs.
Tenot parloit ainsi, quand laissants leur louvières, 70 Leur guestres, leur chapeaux, avec leur panetières, Prindrent leur beaux bonnets et leur rouges cordons, Et le ruban lié au hault de leurs bourdons. Pour mieux se souvenir de l'amour des bergères, Auxquelles paravant ils servoyent de jartières : Puis Collin trépignant commença la chanson, Accordant mot-à-mot ses pas avec le son :
Collin
Vous qui, sur les rives molles De Seine aux plis argentez, Arrondissez les carolles Au son d'un Lut enchantez :
Chantez à ceste journée :
Hymen, hymen, hyménée !
Au murmur de ceste eau vive, Qui bégayante vous suit De course lente et tardive, Accordant son petit bruit Au son de l'anche entonnée :
Hymen, hymen, hyménée !
Que l'air partout en résonne.
Et que le sein jaunissant De la terre qu'on moissonne, Contre le sault bondissant Responde tout' ceste année :
Hymen, hymen, hyménée !
Tout cest an, que la musette Du poète pastoureau Ne dise autre chansonnette Que pour la belle Ysabeau, Du grand Dieu Pan fille aisnée Hymen, hymen, hyménée !
Celle qui eut en partage Des neuf Muses la faveur, Et de qui ores nostre aage Dore son antique honneur, C'est de Pan la Sœur aimée :
Hymen, hymen, hyménée !
Pour perpétuer sa gloire, Que Ion esleve un autel.
Et qu'on face à la Mémoire Un sacrifice annuel Sous une verte ramée :
Hymen, hymen, hyménée !
Ou les poètes des provinces, Tout au plus hault de son front, Eslèveront de leurs Princes, Par leur style plus fécond, La bonté accoustumée :
Hymen, hymen, hyménée !
C'est la françoise Minerve, Des bons esprits le support, Sous qui l'ignorance serve, Avec l'oubly de la mort.
Fut sous la tombe enserrée :
Hymen, hymen, hyménée !
Et si je suis bon prophète, Elle seule nous donra A chascun une musette, Qui son loz eslèvera Jusque à la voulte estoilée :
Hymen, hymen, hyménée !
Et ores que la Savoye La retire de nos yeux, Et que la pénible voye Des mons eslevez aux cieux La rende plus esloignée :
Hymen, hymen, hyménée !
Si ay-je ferme asseurance Que l'amour et la faveur, Qu'ell' porte aux bergers de France.
Enracinée en son cueur, Ne sera diminuée :
Hymen, hymen, hyménée !
O Savoye bien-heureuse, Et ton Prince bien-heureux, Dont l'estincelle amoureuse A rencontré sous les cieux Une si digne espousée :
Hymen, hymen, hyménée !
Bienheureuse Marguerite, D'avoir trouvé tel espoux, Un espoux qui seul mérite De t'emmener d'avec nous En sa terre fortunée :
Hymen, hymen, hyménée !
Passez ensemble votre aage Bien-heureuse, et du lien De ce tant sainct mariage Puissions nous tous voir le bien D'une éternelle lignée :
Hymen, hymen, hy menée !
Tenot
Enfans, hastez le pas, j'oy dans la ville un bruit De tabours et clairons, et du peuple qui suit Pesle-mesle le son d'une douce harmonie : Double le pas, Jaquet, si tu veux voir t'amie.