SCÈNE X JEAN, LUClENxXE
JEAN
Vous ne devriez pas vous compromettre ainsi, Lucienne.
LUCIENNE
Et pourquoi?
JEAN
Vous ne devriez pas, Lucienne, plaisanter ainsi avec M. de Maucour, ni souffrir qu'il vous parle comme il le fait.
Cela ne regarde que moi.
JEAN
Cela regarde aussi vos amis.
LUCIENNE
Je n'en ai pas : j'en ai tant!
JEAN
Vous en avez au moins un véritable.
LUCIENNE
Vous?
JEAN
Moi,
LUCIENNE
Après tout, c'est peut-être vrai, car je ne vois pas quel intérêt vous auriez à me mentir.
JEAN
Votre conduite afflige mon amitié.
LUCIENNE
Parce que?...
JEAN
Parce que vous préparez votre malheur.
La préparation est faite depuis longtemps.
JEAN
En vous voyant aussi inconséquente, qui donc vous épousera?
LUCIENNE
Et qui vous dit que je veuille être épousée?
JEA^.
Vous haïssez le mariage?
LUCIENNE
Je ne le hais pas : il m'est interdit.
JEAN
Que dites-vous?
LUCIENNE
C'est vrai, vous ne vous mêlez pas aux cancans mondains. Nous nous sommes peu rencontrés. Vous n'aimez pas causer, vous ne quittez pas votre chambre où votre misanthropie vous enferme; vous n'êtes à Paris que depuis peu et vous ignorez, sur moi, des choses que tout le monde sait. Eh bien! Soyez donc instruit! On peut faire de moi sa maîtresse, mais sa femme, jamais. Pourtant, je ne suis pas plus mauvaise que les autres jeunes filles ; je n'étais pas plus pervertie qu'Alice, mon ancienne amie, et M. de Maucour l'a épousée. Mais, par ma naissance, je suis vouée au mal.
JEAN, ému.
Par votre naissance!... Expliquez-vous.
LUCIENNE
A quoi cela servira-t-il ?