ACTE PREMIER
BERTRY.
Je le sais aussi bien que toi; mais pour un Claude Bernard, un Pasteur ou un docteur Roux, que la renommée va chercher malgré lui, dans son laboratoire, pour un certain nombre d'entre vous qui sont modestes et apitoyés, il y a en a trop... d'autres... assoiffés de réclame et dépourvus d'humanité ?... Je dis que vous semez la terreur par vos découvertes de maladies nouvelles, par vos descriptions, vos prescriptions et vos menaces. Vous rapetissez les caractères en développant dans de gigantesques proportions la peur de la mort. Vous empoisonnez tous nos plaisirs, tous nos actes, toute notre vie...
LE DOCTEUR
Nos clients ne disent pas cela...
B E Px T R Y .
Vos clients!... Je les connais!... Je le connais votre fidèle client; il sue l'efTroi partons les pores, il promène, tout entortillé de flanelle comme un cheval de course malade, une existence ratatinée et souffreteuse... Il vous consulte pour savoir quand et comment il doit manger, boire, dormir et même aimer... Vous avez inventé la peur des microbes... qui n'a jamais servi qu'à multiplier les égoïstes et les poltrons.
LE DOCTEUR
Cause toujours... Depuis Molière, nous en avons entendu bien d'autres et de meilleures... En ce qui concerne Lucienne et Jean, il est inutile que nous discutions. Je refuse mon consentement à ce mariage, voilà tout I
BERTRY.
Eh bien ! tu vas l'annoncer toi-même à ces pauvres enfants... Moi, je n'en aurais pas le courage.
LE DOCTEUR
Soit!
Berlry va à la porte de gauche et fait entrer Lucienne et Jean.
BERTRY, appelant.
Lucienne!... Jean !...