ACTE DEUXIEME
les goûts mondains que vous avez, il est impossible que vous perdiez votre jeunesse au milieu des champs.
LUCIENNE
Si je m'y trouve bien.
ALICE, se levant.
Tais-toi donc. Tu ne me feras jamais croire ça, que tu te plaises indéfiniment ici... toi surtout.
LUCIENNE, rêveuse.
Moi surtout!
Vous n'êtes pas plus faite pour cette existence que moi
pour être servante d'auberge. Le docteur Bertry le disait
avec raison.
LUCIENNE, de même.
Oui...
ALICE
Jamais je n'aurais cru que tu puisses rester ici pendant six mois de suite.
LUCIENNE
Mon Dieu, vous savez, il y a tout de même des jours où je donnerais gros pour revoir les omnibus de la Madeleine et le pâtissier de la rue Royale.
MADAME DE CATTENIÈRES.
Parbleu 1... Mais, qu'est-ce que ça sent donc ici?
ALICE
Je ne sens rien.
MADAME DE CATTENIÈRES.
Oh! si! [Désignant le saucisson de Jean.) C'est là? Oh! riiorreur l
ALICE
Mais oui... en effet...
MADAME DE CATTENlÈRESi
Cela empoisonne I
2i0 L'EVASION
ALICE
L'ail!...
MADAME DE CATTENIÈRES.
Je me disais aussi depuis un moment... « Mais d'où peut bien venir cette odeur? »
LUCIENNE, confuse, debout, sans bouger de place.
C'est Jean qui a déjeuné là...
ALICE
Comment, il mange de ça?... Et ça, qu'est-ce qu'il y a eu là-dedans?
MADAME DE CATTENIERES.
De la soupe...
ALICE
C'est vrai, Lucienne ?
LUCIENNE
Rosalie ! Rosalie!
ROSALIE
Madame ?
LUCIENNE
Vous ne pourrez donc jamais vous habituer à être propre! Je vous ai déjà dit d'enlever ça.
ROSALIE
Mais non, madame...
Allons! Enlevez-le et taisez-vous! [Rosalie obéit.)
MADAME DE CATTENIÈRES.
Hein! ce bon Jean! moi, qui l'ai connu si poétique, si délicat, si éthéré !
LUCIENNE
11 s'cntcte à vouloir se nourrir en cultivateur. Je lui ai déjà dit raille fois que je trouvais cela souverainement ridicule.