‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 169 sur 311 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

les goûts mondains que vous avez, il est impossible que vous perdiez votre jeunesse au milieu des champs.

LUCIENNE

Si je m'y trouve bien.

ALICE, se levant.

Tais-toi donc. Tu ne me feras jamais croire ça, que tu te plaises indéfiniment ici... toi surtout.

LUCIENNE, rêveuse.

Moi surtout!

Vous n'êtes pas plus faite pour cette existence que moi

pour être servante d'auberge. Le docteur Bertry le disait

avec raison.

LUCIENNE, de même.

Oui...

ALICE

Jamais je n'aurais cru que tu puisses rester ici pendant six mois de suite.

LUCIENNE

Mon Dieu, vous savez, il y a tout de même des jours où je donnerais gros pour revoir les omnibus de la Madeleine et le pâtissier de la rue Royale.

MADAME DE CATTENIÈRES.

Parbleu 1... Mais, qu'est-ce que ça sent donc ici?

ALICE

Je ne sens rien.

MADAME DE CATTENIÈRES.

Oh! si! [Désignant le saucisson de Jean.) C'est là? Oh! riiorreur l

ALICE

Mais oui... en effet...

MADAME DE CATTENlÈRESi

Cela empoisonne I

2i0 L'EVASION

ALICE

L'ail!...

MADAME DE CATTENIÈRES.

Je me disais aussi depuis un moment... « Mais d'où peut bien venir cette odeur? »

LUCIENNE, confuse, debout, sans bouger de place.

C'est Jean qui a déjeuné là...

ALICE

Comment, il mange de ça?... Et ça, qu'est-ce qu'il y a eu là-dedans?

MADAME DE CATTENIERES.

De la soupe...

ALICE

C'est vrai, Lucienne ?

LUCIENNE

Rosalie ! Rosalie!

ROSALIE

Madame ?

LUCIENNE

Vous ne pourrez donc jamais vous habituer à être propre! Je vous ai déjà dit d'enlever ça.

ROSALIE

Mais non, madame...

Allons! Enlevez-le et taisez-vous! [Rosalie obéit.)

MADAME DE CATTENIÈRES.

Hein! ce bon Jean! moi, qui l'ai connu si poétique, si délicat, si éthéré !

LUCIENNE

11 s'cntcte à vouloir se nourrir en cultivateur. Je lui ai déjà dit raille fois que je trouvais cela souverainement ridicule.

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