SCENE VllI
LE DOCTEUR, LE PÈRE GUERNOCHE, puis LUCIENNE. Le père Guernoche prend son air le plus bête.
LE DOCTEUR
Eh bien ! mon chère confrère ?
LE PÈRE GUERNOCHE.
M'sieu, qu'ment qu'vous m'avez appelé ?
LE DOCTEUR
Vous savez où ça vous conduira, ce métier-là ?
LE PF;RE GUErtNOCrtè.
Le métier d'berger... ça ne me conduira pas à vivre de mes rentes... positivement.
LE DOCTEUR
Je ne parle pas de celui-là, je parle de l'autre.
LE PÈRE GUERNOGHE.
Quand j'vas battre en grange ?
LE DOCTEUR
Allons, ne faites pas la bête.... L'exercice illégal de la médecine...
LE PÈRE GUERNOCHK.
C'est pas illégal de guarir le monde.
Ah... VOUS guérissez les gens, mon gaillard?
LE PÈRE GUERNOCHE.
J'ies guaris point, y guarissent tout seuls.
LE DOCTEUR
Qu'est-ce que vous leur faites, à vos malades ?
LE PÈRE GUERNOCHE.
Quasiment rien. Il faut qu'ils aient bien envie de guarir, et puis, qu'ils croient qu'y guariront, ça suffit.
LE DOCTEUR, à part.
Ha plus raison qu'il ne croit... {Haut.) Alors, vous ne soignez que les maladies nerveuses ?
LE PÈRE GUERNOCHE.
J'soigne rin du tout, positivement.
LE DOCTEUR
Ne jouez pas au plus fin. Vous vous moquez de moi avec votre air bête.
LE PÈRE GUERNOCHE.
Moi! Mon Dieu!... Mon Dieu! Faut-il s'entendre dire ça à mon âge... à soixante-dix ans et trois mois!
LE DOCTEUR
Ça pourrait vous coûter cher.