‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 176 sur 311 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LE PÈRE GUERNOGHK,

Cher?

LE DOCTEUR

Amende et prison, vous le savez bien.

LE PÈRE GUERNOGHE.

Riii du tout... Ah!... vous voulez dire que j'fais l'métier de médecin ?

LE DOCTEUR

Dame !

LE PÈRE GUERNOGHE.

Vous s'trompez... L'médecin, y donne d'médicaments... mé, j'n'en donne point... j'ies regarde, et y guarissent. Est-y défendu d'regarder le monde?

LE DOCTEUR

Non.

Bé alors?

LE PERE GUERNOGHE.

LE DOCTEUR

Qui vous a donné l'idée de les regarder, pour les guarir, comme vous dites ?

LE PÈRE GUERNOGHE, qui se familiarise.

Eh ben, v'ià. J'faisais donc l'métier d'berger, j'gardais les moutons à m'sieu d'Grand'pré qu'habite là, derrière l'bois à m'sieu Laurent, dont son grand-père a été maire à Ebreville... V'savez ben, en allant sur Hautmont?

Après, après?

LE PÈRE GUERNOGHE.

On racontait que j'jetais des sorts, et patati, et patata... parce que j'sommes point bavard, à cause que d'être seul avec les moutons du matin au souer, sur les côtes des collines, ça n'dispose point à jacasser, positivement.

LE DOCTEUR

C'est bon ! c'est bon 1

LE PÈRE GUERNOCHE.

Un jour, j'rentrais à m'maison, j'vois su' la route la fille à Baffieu qui s'tordait en gueulant, quasiment comme si c'avait été le diable ! J'ia regarde, a m'regarde, elle a peur ; j'y crie très fort : « Tais-té ! » pis v'ià qu'aile est guarie. Après, quand il y en avait d'autres qu'étaient malades, on m'ies amenait. Moue, pou point m'fàcher avec les gens, j'faisais celui-là qui savais guarir et elles guarissaient positivement. J'ieur faisais comme ça... {Il simule des signes magnétiques.) sans savoir... pour faire quelque chose. Et un jour que j'fùmes à Rouen, j'ai vu un magnétiseur; alors, j'ai compris que j'guarissais par l'électricité. Voilà!

LE DOCTEUR

Et vous n'en faites jamais mourir, des malades ?

LE PÈRE GUERNOCHE.

Jamais, vu que je n'ieu donne point d'médicaments...

LE DOCTEUR

Et pourquoi guérissent-ils, à votre avis?

LE PÈRE GUERNOCHE.

V'ià... J'ai ruminé ça dans m'téte, aveucque mes moutons... c'est d'électricité, d'mon électricité... parce que, il y a deux (3spèces de maladies : .d'abord quand les humeurs se mêlent avec le sang ou bien quand c'est le sang qui tourne en eau; vous savez ça aussi bien que moi, pas vrai ? Vous allez voir ce que le monde est bëte quand il est malade...

LE DOCTEUR

Certes !

LE PÈRE GUERNOCHE.

S'pas? Y a que nous pour savoir ça, positivement...

LE DOCTEUR

Assez 1 Laissez-moi tranquille... Allez-vous en... Et que je ne vous y reprenne plus !

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