‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 19 sur 311 · MADAME LE G ATELIER · texte numérisé non relu

MADAME LE G ATELIER

Vous n'avez pu résister au désir de revoir votre pays, monsieur, et, sans doute, vous allez consacrer votre immense fortune à des œuvres de charité?

VALENTIN SALVIAT.

La charité! Ah! ça ! on ne parle plus que de charité, en France. C'est donc la mode?

MADAME LE GATELIEB.

Oui... Un beau jour, on s'est aperçu qu'il y avait des pauvres... Alors, on s'est dit : « Tiens ! si on essayait de les soulager? »

MADAME PAILLENCOURT.

On ne serait pas une vraie femme du monde, maintenant, si l'on ne faisait partie d'une œuvre de charité.

MADAME DESTOURMEL.

Est-ce que la charité n'est pas une de vos premières préoccupations, monsieur?

VALENTIN SALVIAT.

Mon Dieu, madame, je vais certainement vous paraître un monstre, mais je ne sais plus mentir depuis que je n'en ai plus besoin. Je reviens d'un pays où régnait le droit du plus fort. Parmi tous les hommes qui m'entouraient, il y en avait certainement pas un qui ne fût prêt à me tuer comme un simple lapin pour s'approprier ma fortune. Ma règle de conduite tient donc dans ces trois petits mots : « D'abord, moi ». Et comme me le disait un Anglais : « Je suis homme, et tout ce qui n'est pas moi m'est indifférent. »

MADAME LE CATELIER.

Mais vous n'êtes plus en Afrique.

VALENTIN SALVIAT.

Qu'y a-t-il de changé? Pensez-vous qu'à Paris, il y ait cent hommes qui ne me tueraient pas s'ils devaient hériter de moi et si l'impunité était certaine? Croyez-moi, d'être très riche, cela ne fait pas aimer ses semblables.

MADAME LE CATELIER.

C'est là, sans doute, le châtiment de la trop grande fortune.

MADAME PAILLENCOURT, trcS nàlVe.

Ça, c'est vrai. Jésus-Christ a dit : « Vous aurez toujours

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