ACTE PREMIER
BERTHA
C'est chose faite maintenant, puisqu'il était désigné Jiour V, la première vacance et que M. Lefèvre vient de mourir. '
MADAME VAGRET.
Dieu veuille que tu ne te trompes pas! Si nous ratons, cette fois encore, nous sommes flambés. Nous restons à Mauléon iusqu'à ia retraife... Non ! ce n'est pas un malheur qu'on ne puisse pas mettre la main sur ce maudit assassin!... Un si beau crime!... Il nous était permis, cette fois, d'espérer une condamnation capitale! La première!
BERTHA
Console-toi, petite mère. Tout n'est pas perdu.
MADAME VAGRET.
Tu en parles à ton aise !... Tu vois que les journaux se mettent à grogner. On nous reproche notre indolence... Mais, mon enfant, tu ne sais pas qu'il est question de faire venir un agent de la Sûreté de Paris!... Ce serait le déshonneur!... Tout se présentait si bien!... Tu ne peux l'imaginer combien ton père était ému lorsqu'on l'a réveillé pour lui dire qu'un vieillard de quatre-vingt-sept ans venait d'être assassiné dans son ressort! Il s'est habillé en moins de cinq minutes et il m'a dit, en se contenant, mais en me serrant fortement la main : « Cette fois, je crois que nous la tenons, ma nomination! » {Soupir.) Et voilà que tout s'écroule par la faute de cette canaille qui ne veut pas se laisser arrêter! {Nouveau soupir.) Quelle heure est-il?
BERTHA
Six heures viennent de sonner.
MADAME VAGRET.
Va faire les menus... N'oublie pas qu'on met seulement les titres : « M. le président des assises... M. le président du tribunal de Mauléou... » et ainsi de suite.
BERTUA.
C'est long à écrire.
C'est le protocole. Voici ton père. Va et fais un tour à la cuisine sans avoir l'air de rien...
Entre Vacjret en toilette de soirée.