SCENE V
VAGRET, MADAME VAGRET, pids BEP>THA, BUNERAT, LA BOUZULE, MOUZON.
MADAME VAGRET.
Eh bien, j'ai entendu : il te rend le dossier.
VAGRET.
Oui... Sa santé... les journaux...
MADAME VAGRET.
Alors?
VAGRET.
Sois discrète. Personne ne se doute encore de rien.
Sois tranquille. {Elle écoute.) Cette fois ce sont nos
invités.
BERTHA, entrant.
Les voici.
MADAME VAGRET.
Ton ouvrage, Berthal... Moi, ma Revue des Deux Mondes...
Elles s'installent... Silence.
BERTHA
Ils sont bien longtemps...
MADAME VAGRET.
C'est cette madame Bunerat qui fait des manières...
LE DOMESTIQUE
M. le président du tribunal et madame Bunerat...
MADAME VAGRET.
Bonjour, ma chère madame...
Congratulations,
LE DOMESTIQUE
M. le juge La Bouzule... M. le juge Mouzoïi. Salamalecs. On s'installe.
MADAME VAGRET, à madame Bunerat.
Alors, chère madame, voilà encore une session finie...
MADAME BUNERAT.
Mais oui, chère madame...
MADAME VAGRET.
Votre cher mari ne doit pas en être fâché...
MADAME BUNERAT.
Le vôtre non plus, je parie...
MADAME VAGRET.
Et M. le président des assises?
BUNERAT.
Il arrivera un peu en retard... Il veut partir demain matin de bonne heure et il a un tas de choses à signer... I'"igurez-vous que l'audience vient à peine d'être levée... Quand nous avons vu que ça n'en finissait pas, nous avons envoyé chercher nos habits noirs pendant la délibération du jury... nous avons endossé notre costume de soirée et nous avons remis notre robe par-dessus pour prononcer l'arrêt...
MADAME VAGRET.
Et c'est, cet arrêt?
BUNERAT.
Un acquittement.
MADAME VAGRET.
Encore ! Les jurés sont des idiots.
VAGRET.
Ma chère amie, tu t'exprimes avec une liberté...
MADAME BUNERAT.
Allons, chère madame, ne vous désolez pas... Elle l'emmène vers le fond.
BUNERAT, à Vagret.
Oui, mon cher procureur... Un acquittement. Ça fait
trois pour la session. (^^
MODzoN, quarante ans. Bellâtre. Favoris. ^ —
Trois accusés qu'il a fallu remettre en liberté, puisqu'ils n'étaient pas retenus pour d'autres causes.
BUNERAT,
C'est une véritable série à la noire...
LA BouzuLE, soixonte-dix ans.
Vous l'auriez voulue à la rouge, mes chers collègues... "
BUNERAT.
La Bouzule, vous êtes cynique. Je ne comprends pas que vous ayez le courage de plaisanter sur un pareil sujet.
LA BOUZULE,
Je ne plaisanterais pas si vos accusés étaient condamnés.
MOUZON
Il ne s'agit pas des accusés, il^ag^it de nous. Si vous ^'^^ cr^oyez que nous recevrons des félicitations de la Clian- AJÏ cèUerie, vous vous trompez.
Il s'en moque pas mal, lui, que le tribunal de Mauléon soit mal noté à Paris.
LA BOUZULE.
Vous l'avez dit, Bunerat, je m'en moque, moi ! Je n'ai plus rien à attendre. Je vais avoir soixante-et-dix-ans la semaine prochaine et je suis mis à la retraite d'office. Plus rien à espérer : j'ai le droit de juger selon ma cons-
cience. J'suis de la classe ! Ohé ! Ohé ! {Il esquisse un pas.) Ne vous fâchez pas, je ne dis plus rien... J'aperçois là-bas l'Annuaire; je vais chercher pour vous les vacances prochaines.
Il va s'asseoir à gauche.
BUNERAT.
C'est cela. (A Vagret.) Le président des assises est furieux.
MOUZON
Ça ne l'avantage pas non plus, lui.
VAGRET.
Et mon substitut?
BUNERAT.
Parlons-en 1
MOUZON
Tout cela est de sa faute... 11 a demandé, lui ! des circonstances atténuantes.
D'où sort-il, cet imbécile ?
VAGRET.
C'est loin d'être un imbécile, je vous assure. Il a été secrétaire de la conférence à Paris, il est docteur en droit... plein de talent.
BUNERAT.
Du talent î
VAGRET.
Je vous répète qu'il a un très réel talent de parole.
BUNERAT,
Nous l'avons bien vu.
VAGRBT.
C'est un garçon très distingué.