ACTE PREMIER
pas accidentellement, mais pour ainsi dire chaque jour, en présence de diflicultés de cet ordre, j'ai pu acquérir quelque pratique des affaires criminelles et quelque perspicacité.
VAGRET.
Evidemment... Delorme, lui, c'est la première fois qu'il a à s'occuper d'un aussi beau crime...
MOUZON
A Bordeaux, dans l'affaire de la belle Toulousaine, qui a fait assez de bruit, c'est mol qui ai forcé l'accusé à des aveux qui l'ont conduit à la guillotine.
B ONE RAT, admiratif.
Vraiment!...
VAGRET.
Mon cher monsieur Mouzon, je vous parle ici de la façon la plus sérieuse, et si j'insiste, c'est que j'ai de graves raisons pour le faire. Nous sommes entre nous. Je vous supplie de nous dire sur quoi vous basez votre opinion.
Je ne veux pas me dérober plus longtemps et je vous ob 'is.
BUNERAT.
Nous vous écoutons. ^^
MOUZON. ^^^r
Rappelons les faits. Dans une maison isolée comme) le sont la |)lupart des maisons basques, on trouve, un matin, un vieillard de quatre-vingt-sept ans assommé dans son lit. Des domestiques qui couchaient dans un bâtiment voisin n'ont rien entendu. Les chiens n'ont pas aboyé. On a volé, c'est vrai, mais on n'a pas volé que des espèces monnayées, on a aussi dérobé des papiers de famille. Retenez ce point. J'appelle votre attention sur un antro détai.bU avait plu la veille. On relève dans le jardin des empreintes qu'on s'empresse d'attribuer à l'assassin,
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lequel était si mal chaussé que le pouce de son pied droit dépassait de sa chaussure. M. Delorme part sur cette piste : il reçoit un témoignage qui l'encourage, et il déclare que l'assassin est un vagabond. Je dis que c'est faux. L'assassin n'est pas un vagabond. En effet, la maison du crime est une maison isolée. On sait que dans un rayon de deux ou trois lieues, aucun trimardeur n'est venu avant le crime demander à manger. Donc ce trimardeur, si c'en était un, aurait bu ou mangé sur le lieu de l'assassinat soit avant, soit après avoir fait son coup. On n'a trouvé aucune trace qui permette de croire qu'il ait ainsi agi. Voilà donc un homme qui arrive exténué de fatigue. Il demande l'aumône. On la lui refuse. Il se cache alors, et, la nuit venue, il vole et il assassine. Il y a là du vin, il y a là du pain, des victuailles : il s'en va sans y toucher. Est-ce vraisemblable? Non. Qu'on ne me dise pas : il a été dérangé, il s'est enfui : c'est faux, puisque votre témoin lui-même déclare l'avoir vu le matin à quelques mètres de la maison et que le crime a été commis avant minuit. Si M. Delorme avait, en plus de ses rares qualités, l'expérience de ces sortes de choses, il saurait que les bouteilles vides, les verres, les débris d'aliments abandonnés sur une table constituent pour ainsi dire la signature que laissent sur le lieu de leur forfait les vagabonds assassins.
BUNERAT.
En effet. Je connaissais ce détail...
LA BOUzuLE, à Ardeuil, bas.
Celui-là ferait condamner un homme pour avoir l'air
de savoir quelque chose.
VAGRET.
Continuez... continuez...
MOUZON
M. Delorme aurait pu savoir également ceci : il y a dans la vie du vagabond un besoin essentiel qui vient immO-