‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 234 sur 311 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

diatement après la faim, c'est celui des chaussures. Cela est tellement vrai que certains d'entre eux ont trouvé ce subterfuge de demander à aller en appel parce que le trajet jusqu'à la cour d'appel se faisant le plus souvent à pied, l'administration est tenue de leur fournir des souliers qu'ils n'usent guère pendant leur détention et qu'ils trouvent ainsi en bon état à leur sortie de prison. Or, le vagabond présumé a le pied à peu près de la même taille que celui de sa victime. 11 a, — c'est vous-même qui le dites, — des chaussures en fort mauvais état. Eh bien ! messieurs, ce vagabond mal chaussé n'a pas pris de bons et solides souliers qui se trouvaient là!... Je n'ajouterai pas un mot. Si le crime a été commis par un passant, par un professionnel de la mendicité, me dira-t-on pourquoi cet étrange assassin suit la route qui passe devant la maison du crime, route sur laquelle ne se trouve aucune ressource ; route sur laquelle les maisons sont distantes de plu^iieurs kilomètres, alors qu'il y a, tout près, une autre route traversant, celle-là, des villages et desservant des fermes nombreuses où il est de tradition de ne jamais refuser l'hospitalité à un de ses semblables?... Un mot encore... Pourquoi donc ce vagabond vole-t-il des papiers de famille qui le désigneront comme le criminel à la première rencontre qu'il aura avec la gendarmerie?... Non, messieurs, le coupable n'est pas un vagabond. Si vous voulez le "découvrir, il ne faut pas le chercher errant sur les routes; il faut le chercheT'^âTmî~céux"qui, parents, amis ou débiteurs, avaient intérêt à sa disparition y

VAGRET.

C'est très juste...

BUNERAT.

Moi, je dis que c'est admirable de logique et de clarté...

MOUZON

Croyez-moi. L'affaire est simple. Si j'étais chargé de

<* l'instruction, je garantis qu'avant trois jours le coupable \ serait sous clefs.

'^ VAGRET.

Eh bien ! mon cher collègue, je vais vous apprendre une nouvelle. M. Delorme, très souffrant, m'a rendu le dossier cet après-midi, et il vous revient. C'est vous qui dorénavant êtes chargé de l'instruction du crime d'Irissarry.

MOUZON

Je n'ai pas à vous dire que j'accepte, mon cher procureur. Mon devoir est d'obéir. Je ne retire rien de ce que j'ai dit : dans trois jours l'assassin sera arrêté.

Bravo I

JVAGRET.

' Je vous remercie de cette promesse au nom de tous...

Je vous déclare "que vous venez de nous tirer d'une grosse inquiétude. (A sa femme.) Écoute, ma chère araie... M. Mouzon se charge de l'instruction et il nous promet un résultat avant trois jours...

MADAME VAGRET,

Merci, monsieur Mouzon...

MADAME BUNERAT.

Merci...

VAGRET.

Bertha ! Dis qu'on *nous serve. Et qu'on monte du vieux vin d'Irrouleguy ! Je veux boire à votre succès, mon cher ami...

LE DOMESTIQUE

Madame est servie.

On s'offre le bras ■pour passer à la salle à manger.

RIDEAU

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