ACTE DEUXIEME
BRIDET.
J'attends qu'on m'interroge.
MOUZON
Tout à l'heure, il n'y avait pas moyen de vous faire taire; maintenant que je vous demande de parler, vous ne trouvez rien à dire. Quel intérêt vous pousse à prendre la défense d'Etchepare?
BRIDET.
Quel intérêt?
MOUZON
Oui... Vous ne comprenez pas le français?
BRIDET.
Si, monsieur... Mais... aucun intérêt...
MOUZON
Aucun?... C'est vrai, cela?... Hein?... Aucun?... Allons, je veux bien vous croire. {Très sévèrement.) Cependant, je vous rappelle que l'article 361 du Code pénal punit le faux témoignage de la peine de la réclusion. Maintenant que vous savez à quoi vous vous exposez en ne disant pas la vérité, je vous écoute.
BRIDET, déconcerté.
Je venais vous dire que le père Goyetche a été assassiné par des bohémiens qui avaient passé la frontière et qui descendaient de la montagne.
MOUZON
Vous en êtes certain?
BRIDET.
Je le suppose.
MOUZON
Vous n'êtes pas ici pour apporter des suppositions. Parlez-moi de ce que vous avez vu ou entendu. C'est tout ce qu'on vous demande...
BRIDET.
Mais on en rencontre à chaque instant, des bohémiens... L'aut'-e jr>ur encore, ils ont dévalisé un débit de tabac... Ils étaient trois. Deux sont entrés... parce qu'il faut vous dire qu'ils avaient reconnu les lieux dans la journée.
MOUZON
Est-ce que vous êtes venu ici pour vous moquer de la justice, vous?
BRIDET.
Moi?.., Mais, monsieur...
MOUZON
Je vous demande si vous êtes venu ici pour vous moquer de la justice.
BRIDET.
Non, monsieur.
MOUZON
Vous avez raison, parce que ça ne se passerait pas comme ça; vous entendez?... Entendez-vous?
BRIDET.
Oui, monsieur.
MOUZON
C'est tout ce que vous avez à dire?
BRli)ET.
Non, monsieur.
MOUZON
Eh bien! alors, parlez, nom d'un tonnerre! et ne me faites pas perdre mon temps... Vous croyez que je n'ai pas autre chose à faire que d'écouter vos commérages?... Allons, parlez...
BRIDET.
Voilà... Le lendemain du jour de l'Ascension... enfin, le lundi... non, le vendredi...
MOUZON
Est-ce le lundi ou le vendredi ?