ACTE PREMIER
PAULINE
Si ! Bien entendu, pas par des efforts individuels ou administratifs, mais par l'association des bonnes volontés. Que de gens sont disposés à donner et ne le font pas parce qu'ils ne savent à qui donner ! Je suis certaine que si chacun était assuré du bon emploi de ses dons, on recueillerait de quoi soulager toutes les misères... Et que de pitié, que de bontés, que de charité, que d'amour se perd chaque jour, et qui ne demande qu'à se manifester. II y a des femmes, sans enfants, comme moi, des filles sans époux, comme Georgette qui ont en elles des trésors de dévouement qu'elles sont prêtes à prodiguer. Toutes ces bonnes volontés, tous ces dévouements, il faut le'i réunir, créer des œuvres, chacune avec un but défini, déployer autant d'activité et de sens pratique que s'il s'agissait d'une affaire, ne pas se laisser duper, surtout, rassembler les renseignements, contrôler...
VALÊNTIN SALVIAT.
Ma bonne Pauline, crois-moi, ne contrôle pas trop, et si tu veux donner, donne à tous, sachant d'avance, d'ailleurs qiiè cela ne servira de rien.
PAULINE
Donner à tous!
VALENTIN SALVIAT.
C'est la seule espérance de secourir, dans la masse, une iRisère réelle... Malgré tous tes renseignements les vrais pauvres t'échapperont, parce qu'ils se cachent...
PAULINB.
Voilà justement l'avantage de l'association : ceux-là, nous irons les chercher, nous ne les attendrons pas. Mais ne me dis pas qu'il faut être bon pour tous, indistinctement.
VALENTIN SALVIAT,
Mais si.
Même pour les escrocs ?
VALENTIN SALVIAT.
Les déshérités de la vertu ont autant droit à notre amour que les déshérités du bonheur. Les uns, pas plus que les autres, ne sont responsables de leur infériorité.
PAULINE
Même pour le vice?
VALENTIN SALVIAT.
Le vice aussi est une misère.
PAULINE, rêveuse.
Tu as peut-être raison... Mais puisque tu penses ainsi, pourquoi t'absliens-tu? Ah! si j'avais la centième partie de ta fortune, moi, j'accomplirais des miracles.
VALENTIN SALVIAT.
Dis-moi comment. Que ferais-tu?
PAULINE
Ce que je ferais?... Je me rappellerais ce que tu viens de me dire, que le vice aussi est une misère... J'irais donc d'abord, en effet à cette double pauvreté, la pauvreté matérielle et morale... J'irais à ceux qu'une faute, un crime a rejetés de la société et rendus méprisables aux yeux des bienfaiteurs officiels. J'irais aux portes des prisons et je tenterais le relèvement de ceux qui en sortent; j'irais vers les souffrances qui ne trouvent plus de sympathies parce qu'on les dit méritées... Ah! quand je me représente ces humbles manquant de tout, et non seulement de pain, mais de dignité et de vertu, quand j'imagine leurs pauvres cœurs ignorants et rabaissés, bourrés de haine... je me sens envahie par le remords de ne rien faire pour eux.
SALVIAT VALENTIN, Cprès UTl sUeTlCe.
Eh bien, tu m'as dit tout à l'h.eure : t Si j'avais la cen-