SCENE VII MOUZON, ETCHEPARE, LE GREFFIER
Avancez.
MOUZON, au greffier.
Greffier, écrivez. {Très vite. Bredouillant.) L'an mil hui cent quatre-vingt-dix-neuf, etc. Devant nous, Mouzon, juge d'instruction, as^i lé de... etc., a été amené en notre cabinet le sieur Etchepare Jean-Pierre, dont la pF' inière comparution est constatée par procès-verbal du... etc. mentionnons que l'inculpé, ayant accepté d'être interrogé hors de la présence de son avocat... (A Etchepare.) Vous acceptez, n'est-ce pas?
ETCHEPARE.
Je suis innocent. ieJi^pasbesoin d'avocat.
MOUZON
C'est bien. {Reprenant son bredouillement.) Nous avons passé outre. En conséquence, nous avons, sans désemparer, procédé comme suit à l'interrogatoire du sieur Etchepare Jean-Pierre. {Parlé, à Etchepare)... Etchepare, lors de votre première comparution, vous avez refusé de répondre, ce qui n'était peut-être pas très habile de votre part, mais ce qui était votre droit. Vous vous êtes emporté et j'ai même dil vous rappeler au respect de la justice. Voulez-vous parler, aujourd'hui?
ETCHEPARE, U'OUblé.
Oui, monsieur le juge...
MOUZON
Ah ! Ah ! mon gaillard ! Vous êtes moins fier maintenant...
Oui. J'ai réfléchi. Je veux sortir d'ici le plus tôt possible...
MOUZON
Eh bien! moi, de mon côté, je ne demande qu'à vous mettre en liberté... Nous nous entendons très bien pour le moment. Espérons que ça va durer. Asseyez-vous. Et d'abord, je vous engage à abandonner le système qui consisterait à mettre le crime sur le dos d'une bande de bohémiens... Le nommé Bridet, qui est en relations d'affaires avec vous, a essayé, sans doute à votre instigation, de nous faire accepter cette fable... Je vous préviens qu'il n'y a pas réussi.
ETCHEPARE.
Je ne sais pas ce qu'a pu vous dire Bridet...
MOUZON
Ah I VOUS le désavouez? A la bonne heure. Allons! vous êtes plus intelligent que je ne pensais. Est-ce vous qui avez assassiné le père Goyetche?
ETCHEPARE.
Non, monsieur...
MOUZON
Vous aviez intérêt à sa mort?
ETCHEPARE.
Non, monsieur...
MOUZON
Ail ! vraiment .. Je croyais que vous aviez à lui payer annuellement une rente viagère...
ETCHEPARE, après uue hésUation.
Oui, monsieur...
MOUZON
Alors, vous aviez intérêt à sa mort 1 (Silence.) Hein?... Vous ne répondez pas?... Continuons. Vous avez dit à un témoin, la fille... la fille Gracieuse Mendione : « C'est vraiment embêtant d'être forcé de donner de l'argent à cette vieille canaille. »
ETCHEPARE, SÛTIS COnvictlOTl.
Ce n'est pas vrai.
MOUZON
Ce n'est pas vrai... Le témoin en a menti... Hein?...
ETCHEPARE.
Je ne sais pas.
MOUZON
Vous ne savez pas... {Silc7ice.) Vous trouviez que le père Goyetche vivait trop longtemps ?
ETCHEPARE.
Non, monsieur...
MOUZON
Non, monsieur... Alors, pourquoi avez-vous dit à un autre témoin, le nommé Piarrech Artola... pourquoi lui avez-vous dit, en parlant de votre créancier : « Ce n'est pas possible, le bon Dieu l'a oublié. »
Je n'ai pas dit cela...
MOUZON
Vous n'avez pas dit cela... Il ment aussi, ce témoin-là... Rrpondez... Il ment?... [Silence.) Vous ne répondez pas... Vous faites aussi bien... Allons, Etchepare, pourquoi persister dans vos dénégations? Hein? Est-ce que tout n'est pas clair? Vous êtes avare, intéressé, âpre au gain...
ETCHEPARB.
Il faut se donner tant de mal pour gagner sa vio.
MOUZON
Vous êtes violent... vous vous enivrez de temps en temps, et alors, vous devenez dangereux. Vous avez été condamné quatre fois pour coups et blessures... Vous avez le coup de makhila facile... Est-ce que la vérité n'apparaît pas? Vous étiez las de payer — pour rien — une annuité assez forte à ce vieillard. L'échéance de cette année approchait; vous étiez gêné; vous trouviez que le père Goyetche vivait trop longtemps et vous l'avez assassiné... Cela crève les yeux... Hein?... C'est vrai?
ETCHEPAREjSe remettant peu à peu.
Je ne l'ai pas assassiné.
MOUZON
Ne jouons pas sur les mots... Avez-vous payé quelqu'un pour le tuer?
ETGHEPARE.
Je suis étranger à sa mort. Vous dites vous-même que j'étais gêné. Comment aurai-je pu payer quelqu'un pour le frapper?
Alors, vous avez agi vous-même...
ETCHEPARE.
C'est faux...
MOUZON
Écoutez, Etchepare... vous avouerez un jour ou l'autre. Déjà vous vous défendez mollement...
ETGHEPARE.
Si je criais, vous diriez que je joue la comédie...
MOUZON
Je vous dis que, tôt ou tard, vous entrerez dans la voie