ACTE DEUXIEME
des aveux. t)éjà, vous reconnaissez des faits qui constituent contre vous des charges sérieuses...
ETGHEPARE.
C'est la vérité ; je la dis, sans me préoccuper des conséquences...
MOUZON
Eh bien ! vous devriez vous en préoccuper, des conséquences, parce qu'elles peuvent être singulièrement graves pour vous...
ETGHEPARE.
Je n'ai pas peur de la mort.
MOUZON'
Pour les autres.
Ni pour moi.
ETCUEPARE.
MOUZON
Tant mieux. Mais vous êtes Basque, vous êtes catholique. Après la mort, il y a l'enfer...
ETGHEPARE.
Je n'ai pas peur de l'enfer, puisque je n'ai rien fait de mal.
MOUZON
Il y a le déshonneur qui tombera sur vos enfants... Vous les aimiez, vos enfants... Dites?,.. Ils demandent après vous... ils vous aiment... parce qu'ils ne savent pas encore...
ETCUEPAKE, plcuraiit tout à coup.
Mes pauvres petits!... Mes pauvres petits!...
MOUZON
Allons! Tout bon sentiment n'est pas ctijint en vous... Croyez-moi, Etchepare, le jury vous saura gré de vos aveux, de votr^ repentir... — vous échapperez au cluilimenl suprême... Vous êtes encore jeune... vous avez de longues années devant vous pour cxj)ier votre crime...
Vous pourrez mériter votre grâce, et peut-être revoir ces enfants qui auront pardonné... Croyez-moi, croyez-moi... dans votre intérêt même, avouez... [Mouzon s'est rapproché de lui pendant^ce qui précède... Il lui a mis la main sur l'épaule... Il continue avec une grande douceur.) Eh bien! c'est vrai?... Si vous ne pouvez pas parler, faites seulement signe que oui... Hein? C'est vrai?... Puisque je le sais, que c'est vrai... Hein? je n'entends pas ce que vous dites... C'est vous, n'est-ce pas?... C'est vous!...
ETCHEPARE, toujours pkurant.
Ce n'est pas moi, monsieur! Je vous jure que ce n'est pas moi!... Je vous le jure...
MOUzoN, dur, retourné à sa place.
Eh! vous n'avez pas à jurer... Vous n'avez qu'à me dire la vérité.
ETCHEPARE.
Je la dis, la vérité... je la dis... Je ne puis pourtant pas dire que c'est moi, puisque ce n'est pas moi !
MOUZON
Allons ! Nous n'en tirerons rien aujourd'hui. (Au greffier.) Lisez-lui son interrogatoire et qu'on le reconduise dans sa cellule... Attendez, Etchepare?
ETCHEPARE.
Monsieur?
MOUZON
11 y a un moyen de prouver votre innocence, puisque vous prétendez être innocent. Établissez dune façon ou d'une autre que vous étiez autre part qu'àlrissarry la nuit du crime, et je vous mets en liberté... Ou étiez-vous?
ETCHEPARE.
OÙ j'étais?
MOUZON
Oui. Je vous demande où vous étiez pendant la nuit de l'Ascension. Vous étiez chez vous?
ETCHEPARE.
Oui.
MOUZON
C'est bien vrai?
ETCHEPARE.
Oui.
MOUZON, se levant, un peu théâtral, le doigt tendu
vers Etchepare.
Eh bien! Etchepare, voici qui vous condamne. Je sais, moi, que vous êtes sorti. Lorsqu'on vous a arrêté, vous avez dit à votre femme : « Pour rien au monde, n'avoue que je suis sorti la nuit dernière. » Allons, il faut tout vous dire. Quelqu'un vous a vu. Une domestique. Elle a déclaré aux gendarmes comment, à dix heures du soir, en quittant un jeune garçon d'iholdy, avec lequel elle avait dansé, elle vous a rencontré à quelques centaines de mètres de votre maison. Eh bien?...
ETCHEPARE.
C'est vrai... je suis sorti.
MOUZON, triomphant.
Ah I Eh bienl mon bonhomme, on a de la peine à vous faire dire quelque chose, à vous... Mais ça se voit sur votre figure, quand vous mentez, ça se voit! je le lis sur votre visage comme si c'était écrit en lettres grosses comme ça... La preuve, c'est qu'aucun témoin n'a dit vous avoir vu sortir, pas plus votre doracslique que d'autres et cependant, je l'aurais affirmé la tête sous le couteau!... Allons! nous avons fait du chemin depuis tout à l'heure. {Au greffier.) Vous avez bien écrit son premier aveu?... Bon... (A Etchepare.) Recueillez-vous un moment... nous allons continuer notre petite causette...
H va à la cheminée en se frottant les mains, se verse un grog, l'avale, pousse un soupir de satisfaction et revient s'asseoir à sa place.
PREMfER GENDARME, à SOU VOisin.
C'est un lapin, ce juge-là...