SCENE VIII
VAGRET, LE PRÉSIDENT DES ASSISES, puis h PROCUREUR GÉNÉRAL.
LE PRÉSIDENT
Est-ce que vous vous seriez aperçu d'une faute commise par moi dans la direction des débats ?
VAGRET.
Non, s'il y a eu une faute, c'est moi qui l'ai commise. Entre le Procureur général.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Qu'y a-t-il de si grave, mon cher procureur?
VAGRET.
Voici... Je suis troublé au delà de ce que je puis dire... J'ai besoin que vos deux consciences me rassurent...
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Parlez...
VAGRET.
Tout un ensemble de faits... l'attitude de l'accusé... cer- ,; taines particularités, qui m'avaient échappé, ont fait surgir dans mon esprit un doute sur la culpabilité de cet homme.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Il y avait trace de ces faits, de ces particularités dans le dossier?
VAGRET.
Parfaitement.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
L'avocat l'a étudié, ce dossier?
VAGRET.
Naturellement.
Alors?... De quoi vous préoccupez-vous?
VAGRET.
/Mais si cet homme n'était pa? miM'ihlo?
LE PROCUREUK (. i. .\ i; l; a L.
IjO jury décidera. Nous n'avons tous qu'à nous incliner ' devant sa réponse.
VAGRET.
Permettez-moi, monsieur le Procureur, de vous dire comniimt ma conviction a été ébranlée.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Je ne veux pas le savoir. Tout ceci est affaire entre votre conscience et vous. Vous avez le droit d'exposer vos scrupules au jury. Vous connaissez l'adage : « La plume est serve, mais la parole est libre. *
VAGRET.
Je vais suivre votre conseil.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Je ne vous donne pas de conseil,
VAGRET.
Je vais exposer mes doutes au jury.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
C'est l'acquittement.
Que voulez-vous?
LE PROCUREUR GÉNÉRAL, COlère.
Faites ce que vous voudrez; seulement, je tiens à vous dire une chose, cher monsieur. Lorsqu'on médite de ces coups d'éclat, on a le courage de les accomplir tout seul. On a le courage d'accepter seul la responsabilité des sottises que l'on peut commettre... Vous êtes plus habile, vous, et vous savez trouver le moyen de ne pas subir seul les conséquences de vos hésitations...
VAGRET.
Moi, habile! comment?...
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Allons! Allons! Nous ne sommes pas des enfants, et je vois très bien le traquenard où vous m'avez attiré. Maintenant, VOUS êtes à couvert, vous. Si, à la Chancellerie, on vous reproche votre attitude, vous répondrez que vous avez consulté votre supérieur, et c'est moi qui serai la victime... Me voilà, moi, une affaire sur les bras avec la Chancellerie... Vous ne vous préoccupez pas de ma situa-